La Mirabelle Rouge

A propos de la nouvelle attaque en 2010 sur nos retraites

 

La question des retraites est une nouvelle fois au cœur de l 'actualité sociale bien qu'en réalité elle ne soit   jamais sortie du champ des préoccupations du patronat et des gouvernements. Cette préoccupation est aussi la nôtre mais elle ne se pose pas du tout dans les mêmes termes.

 Les espoirs d'une espérance de vie plus longue au-delà de 60 ans ne peuvent que nous réjouir mais obligent  la prise  en compte de cet aspect dans toutes ses dimensions . Le financement des retraites bien sûr,  mais aussi la place nouvelle que les retraités vont occuper dans la société et qui pose fortement la relation au temps libéré en dehors du champ du travail. Les aspects nouveaux du vieillissement  posent aussi avec force les nécessités  d'un service public de qualité  en charge de ce domaine afin  ne pas laisser aux  requins de la finance un espace supplémentaire pour  se faire du beurre sur les petits vieux.

Une société véritablement démocratique devrait engager ce débat avec la seule préoccupation de satisfaire les besoins sociaux. C'est ainsi que pourrait se construire une légitimité sociale permettant l'équilibre des  aspirations entre différentes générations.

Mais l'offensive néo-libérale contre les acquis sociaux ne recherche nullement un tel équilibre. Le mouvement des contre-réformes ne connaît pas de limite et il n'y aura jamais de  compromis stable. Chaque recul du mouvement social en appelle d'autres parce que le capitalisme n'existe pas  pour se préoccuper des besoins sociaux,  mais pour faire toujours le plus de profit possible. C'est la seule légitimation qu'il connaît.

Il suffit d'ouvrir n'importe quelle gazette, de regarder n'importe quelle chaîne de télé,  ou d'écouter les radios, pour entendre les mêmes chroniqueurs qui reprennent  en chœur la même rengaine :  il va falloir travailler de plus en plus longtemps au-delà de 60 ans pour ne pas laisser  le fardeau des retraites aux générations suivantes.

L'argument est présenté avec la force de l'évidence alors que ce n'est qu'un argument de l'idéologie dominante qui produit des représentations pour légitimer des politiques. L'argument imprègne toute la société et l'on voit même Martine Aubry, la dirigeante du Parti Socialiste,  refaire surface sur ce thème,  en reprenant le même argumentaire que Sarkozy.

Pourtant,  ce n'est pas le financement des retraites qui est le problème de l'avenir. Le problème c'est la répartition des richesses et la part d'entres elles qu'une société est disposée à dégager pour l'exercice du  temps libéré. Le monde du travail ne doit pas se laisser intoxiquer par cette maladie de la contre réforme tant vantée par la multitude des intelligences serviles. Il n'existe pas de compromis qui serait acceptable lorsqu'il s'agit de mutiler les droits et les acquis sociaux.

 

Le dossier présenté ici est un argumentaire pour tous ceux et toutes celles qui n'entendent pas se laisser abuser par le discours dominant. Il peut servir à préparer la riposte sociale en 2010.

 

Jean-Luc

 

Document 1

Partage des richesses: En 20 ans, le profit a fait la culbute.

 

La quantité de richesses produites (biens, 30%,  et services, 70%) a été augmentée de 50% entre 1985 et 2005, au rythme annuel d'une croissance de 2%. C'est ce que mesure le PIB (produit intérieur brut). Cet instrument de mesure des richesses produites est très critiquable (et doit être soumis à une critique radicale car complètement lié à l'histoire et au fonctionnement du système capitaliste).  Pour autant, ce serait faire preuve de beaucoup de naïveté de refuser de regarder ce qu'il mesure, de penser qu'on serait ainsi à l'abri de la politique antisociale du gouvernement et du MEDEF. Depuis 2005, la tendance ne s'est pa modifiée.

On appelle « salaire total » l'ensemble des « salaires de fin de mois versés » auxquels on ajoute l'ensemble du « salaire indirect » qu'on appelle aussi « salaire socialisé » (l'ensemble de la protection sociale, y compris les  retraites). La perte de 10 % de la part salaire en 20 ans est mécaniquement gagnée par le profit… Le passage de 30% à 40% d'un PIB augmenté lui-même de 50%, c'est un doublement (+100%) du profit en chiffres absolus. Ces chiffres légitiment nos revendications : nous ne devons plus rien lâcher !

 

Document 2

« Le fardeau des retraités sera écrasant pour les futures générations ! » nous préviennent-ils

Historique de l'évolution des dépenses de retraite

 

 

 

 

 

 

 

1960

 

2000

 

2040

 

PIB

(en milliards €)

 

 

 

 

750

 

 

1500

 

 

3000 

 

Dépenses

de

retraite

 

 

40

(5% du PIB)

 

 

 

180

(12% du PIB)

 

600 

(20% du PIB) 

 

 

Reste

 

 

 

 

710

 

 

1320

 

 

2400

 

Commentaires :

La part du PIB consacrée au financement des retraites a significativement augmenté, passant de 5% en 1960 à 12% en 2000 . C'est normal, on compte 12 millions de retraités en 2000, certainement 13 en 2008… Ce nombre de retraités va augmenter, nous osons l'espérer, et les dépenses de retraites devront  suivre. 20 % du PIB en 2040 pour financer les retraites, c'est une hypothèse très haute, et pourtant, le reste serait considérablement augmenté aussi ! A une condition : que nous ne laissions pas le système bancaire et les assurances privées mettre la main sur la protection sociale. Notre fermeté sur nos positions de défense de nos retraites doit être absolue.

 

Document 3

« Trop de retraités qui coûtent trop cher ! » disent-ils…

A propos de la productivité

 

 

 

 

 

 

 

Nombre

d'actifs

 

Nombre de retraités

 

Richesse

produite

Richesse disponible par personne

 

2000

 

 

 

10

 

4

 

100

 

100/14 = 7

 

2040

 

 

 

10

 

8

 

200

 

200/18 = 11

 

 

Commentaires :

Dans ce tableau, on dit que la richesse produite par 10 actifs de 2000 est de 100 (on ne s'intéresse pas ici à l'unité de mesure). Si la productivité augmente dans les 40 prochaines années comme elle a augmenté lors de ces 40 dernières, au rythme de 2% l'an, alors 10 actifs de 2040  produiront le double. A partager non entre 14 mais entre 18.

Ce tableau montre nettement que si les salariés ont la maîtrise  des gains de productivité, alors l'augmentation massive du nombre de retraités n'est en rien un problème.

Deux remarques générales cependant :

1) les mêmes importantes réserves doivent être faites ici à propos des richesses produites que sur le PIB sur le document 1

2) il s'agit de projections à 30/40 ans. Le degré d'incertitude est élevé, forcément… La crise  sociale, écologique, économique, politique n'est pas derrière nous…

3) dans la lutte sociale et politique autour des retraites, la bataille des chiffres fait rage : il est important que les militants ne se laissent pas impressionner. Les chiffres sont toujours des constructions ! Cette remarque ne doit pas conduire à les rejeter d'un revers de main, mais bien plutôt à les examiner de près, avec, présent à l'esprit, la position de celui qui les manie. Une règle de base devrait s'imposer : ne rien lâcher dans les échéances d'aujourd'hui, ne pas se laisser tétaniser par le catastrophisme.

 

Document 4

« Trop de charges ! Trop de charges ! » hurlent-ils…

Evolution de la part du salaire socialisé (ou indirect) dans le salaire total

 

 

 

 

 

Part du salaire direct

(de fin de mois)

dans le salaire total

Part du salaire indirect

(ou socialisé)

dans le salaire total

 

Vers 1955

 

 

85%

 

15%

 

Vers 2000

 

 

60%

 

40%

 

Demain ?

 

 

40%

 

60%

 

 

 

Commentaires :

Tout d'abord une remarque sur un mot parfois utilisé dans le débat sur les retraites . On désigne ici l'ensemble des prestations sociales comme étant  du « salaire indirect » ou du « salaire socialisé ». Si nous n'utilisons pas le terme « salaire différé », terme qu'on rencontre encore souvent dans nos organisations syndicales, c'est pour une raison précise et sérieuse. En effet, notre protection sociale  est constituée pour l'essentiel des cotisations sociales, versées en « part employeur » et « part salarié » à l'occasion de l'emploi. Elles sont transformées immédiatement en prestations sociales. Il s'agit d'un flux direct des actifs  vers les retraités, vers les malades… Ce sont  les richesses  créées par les actifs d'aujourd'hui pour financer tout le hors travail d'aujourd'hui. Le mot « salaire différé », tout au contraire, porte l'idée non vérifiée dans la réalité, que « ma cotisation » d'aujourd'hui est  « pour moi » demain, pour « ma retraite » dans 20 ou 30 ans. Ce n'est donc pas pinailler sur les mots que de recommander l'abandon de « salaire différé ». Il y va de la clarté de nos combats.

Sur le fond, ce tableau est d'une importance capitale car il montre que le salaire socialisé a pris au cours de la 2ème moitié du 20ème siècle une très grande ampleur. Le travail salarié, travail contraint, est  l'occasion du versement de cotisations sociales qui financent directement du hors travail et cela de façon de plus en plus large. Cette part de salaire pourra demain augmenter encore : cela dépend de nous… Cette perspective est insupportable aux capitalistes. Toutes l'action du gouvernement et du MEDEF consiste justement à se dégager de tout ce système de protection sociale basée sur la cotisation sociale. « Trop de charges ! Trop de charges ! » hurlent-ils. Laissons-les hurler  et osons affirmer plus fermement encore « que nos vies hors travail contraint  valent plus que leurs profits ! »

 

 

 

 



21/01/2010
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