La Mirabelle Rouge

ÇA CHAUFFE aussi CHEZ TRAILOR à Lunéville

ÇA CHAUFFE CHEZ TRAILOR

Le ton monte chez Trailor. Les salariés ne sont pas décidés à baisser les bras. Et les têtes.

 

 

Les slogans sont un peu plus nombreux au fil des jours. « Excusez-nous d’avoir envie de travailler », peut-on lire sur une barrière. Ou alors : « Encore une entreprise qui crève ». Des inscriptions, des tags, garnissent de la même façon les fenêtres des bureaux. L’entreprise de l’avenue de la Libération qui vit des moments plus que délicats (nos précédentes éditions) est occupée, et ça se voit. De très loin d’ailleurs avec les deux colonnes de fumée qui montent dans le ciel.

A l’entrée principale, bloquée par des remorques et toutes sortes de matériaux, pneus, palettes et autres produits avivent les flammes. Même chose à l’autre bout de l’usine. Autour des deux foyers, des ouvriers qui ne savent plus à quels saints se vouer. Mais qui ne sont pas dupes. Ils sont bien conscients que leur avenir est aussi noir que la fumée sortant des brasiers.

Pour autant, ils ne baisseront pas la tête et se battront jusqu’au bout. Hier, en tout cas, le ton est monté d’un cran. De deux peut-être. Parce que pour tous, cette situation a suffisamment duré. « On nous prend pour des imbéciles. Les patrons se foutent de notre gueule » lance un ouvrier. Un sentiment partagé par tout le monde. Et relayé par Ghislain Bardot, délégué CGT et élu au comité d’entreprise.

« Pour le moment, on reste chez nous, mais ça ne durera peut-être pas. Nous avons été reçus par le sous-préfet et le maire, il faut donc attendre pour en savoir plus. Mais, les gars n’ont plus envie d’attendre. Il faut les comprendre. »

« QUARANTE-CINQ VÉHICULES POUR L’ANNÉE »

Dire que la colère s’est installée ne reflète que partiellement la vérité. « Ça monte tous les jours un peu plus », lâche un salarié qui ajoute : « On ne sait pas jusqu’où ça peut aller ». Une chose est sûre, les uns et les autres ne sont pas décidés à lâcher prise. Ils veulent surtout savoir de quoi demain sera fait et savoir si la prime supra légale demandée sera accordée.

« Ce n’est pas du chômage que l’on veut, c’est du boulot », enchaîne un autre ouvrier. Lequel déplore, comme tous ses collègues qu’aucune commande n’est arrivée depuis le mois de décembre. « On a du mal à y croire », précise Ghislain Bardot. « Ce n’est jamais arrivé ».

Il reste qu’en matière de construction de véhicules, le constat est édifiant. Quarante-cinq sont sortis des ateliers pour l’année 2011. Un chiffre qui ajoute à l’amertume des anciens de la boîte. « Je suis rentré ici en 1978 », souligne Ghislain Bardot. « On faisait trente véhicules par jour. Les parkings étaient remplis. Il y avait des remorques partout. Et encore, on avait beaucoup plus d’espace qu’aujourd’hui ».

Depuis cette période, de l’eau a coulé sous les ponts. Un autre chiffre pour situer l’ampleur des dégâts. Dans les années 80, 1.800 personnes travaillaient chez Trailor. A ce jour, ils sont 104. Dans quelques jours, ils seront 61 de moins.

Claude GIRARDET (Est Républicain  le 17.02.2012)



17/02/2012
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