La Mirabelle Rouge

Contribution de Samy Johsua et de Jacques Fortin sur Laïcité et Religions

Laïcité, Religions...

Contribution de Samy Johsua, Marseille, et de Jacques Fortin, Avignon.

1° décembre 2008

 

La question de la place des religions et des croyants dans un parti de luttes de classe n’est pas nouvelle. Elle a agité le mouvement ouvrier dès les débuts, et continue à faire débat. La position que nous défendons dans ce texte est que notre parti doit être laïque, qu’il se bat pour des droits démocratiques collectifs et individuels, qu’il n’est pas là pour sonder les consciences.

 

Un peu d’histoire

Cette position a pour elle une certaine « orthodoxie » dans l’histoire de ces débats, puisque, sous des formes à chaque fois particulière, elle se retrouve chez Marx, chez Jaurès et aussi chez Lénine et chez Trostki. Elle peut s’appuyer sur la polémique entre Bakounine et Marx, le premier exigeant de faire de l’Association Internationale des Travailleurs (la Première Internationale) une organisation athée, Marx s’y refusant. On peut se référer aussi à Lénine, à Trostki, et, dans les conditions françaises, à Jaurès qui est dans la même filiation, et dont nous défendons la philosophie : la question religieuse ne doit pas faire obstacle à la mobilisation unitaire de la classe des exploité-es (mais ceci ne fait pas débat a priori dans le npa), y compris DANS ses partis (ce qui ferait débat, semble-t-il).

 

Ni athée ni antireligieux : laïque

En ce sens, le parti n’est ni athée, ni antireligieux. Il est a-religieux si l’on peut dire ; plus précisément, il est laïque. Il ne fouille pas les consciences. Tous les types de croyances (dont les religieuses ou les antireligieuses) peuvent s’y trouver, à condition qu’elles ne remettent pas en cause des principes jugés fondamentaux par ailleurs, et qu’elles demeurent du domaine privé ou du domaine du débat d’idées. Ce dernier point est relatif et dépend des conditions du pays. En Amérique Latine, par exemple, ce sont des mouvements collectifs entiers qui se joignent à des options révolutionnaires au nom d’une interprétation spécifique d’une croyance religieuse (théologie de la libération par exemple). La chose s’est aussi présentée dans l’histoire française, avec l’évolution de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne et de la CFDT dans les années 60.

 

Un compromis.

Mais dans cette histoire française justement, le point de vue laïque (que nous défendons) s’est imposé : dans le syndicalisme, et encore plus dans les partis de gauche (réformistes comme révolutionnaires), les croyances demeurent du domaine de la sphère privée. La laïcité c'est un compromis d’une part entre les diverses religions pour qu'aucune ne l'emporte sur les autres, n'impose sa vision du monde, ni n'en persécute une autre. Nous avons eu en France plus de 300 ans de guerres de religions où la religion dominante s'est efforcée de chasser les autres et d'imposer ses lois religieuses à tout le monde. (Et ce qui se passe envers l'Islam aujourd'hui est un peu comme un retour de ces guerres, alors il faut à nouveau imposer la laïcité (comme pour l'ouverture de lieux de culte par exemple).

La laïcité c'est aussi un compromis entre les religions et les libres-penseurs et athées pour que ni les uns ni les autres ne s'imposent aux autres.

 

Un principe

Mais (suivant en cela Marx), cela ne signifie pas que le parti ou sa direction se constituent comme une arme antireligieuse. C’est un point qui n’est pas seulement de circonstance, mais qui touche aux principes. Si on défend par ailleurs que le parti doit chercher à se rapprocher d’une société émancipée, on voit mal comment on pourrait défendre un pouvoir d’État auquel nous participerions et qui mènerait, avec les armes données par l’État, une lutte contre les croyants. Le droit au culte n’y résisterait pas une année. On peut défendre que l’État est une chose, un parti une autre, mais on retombe alors dans le débat Bakounine/Marx, débat dans lequel nous nous plaçons du côté du second.

Cela nempêche absolument pas la lutte contre les Eglises en tant quinstitutions quand elles se placent du côté des dominants (ce qui est le cas général dans lhistoire), quelles oppriment leurs propres membres, quelles se dressent contre les droits démocratiques. Mais nous nallons pas non plus remettre en cause le droit de sorganiser en Église, sous réserve bien entendu que celle-ci ne glisse pas dans le combat armé contre l’émancipation.

 

Espace privé, espace public

Ainsi le combat laïque ne se limite pas à garantir l’exercice religieux dans l’espace privé. Sauf à remettre en question le droit au culte et à le cantonner à la quasi clandestinité, il y a obligatoirement une visibilité publique possible des religions. La question s’est posée un moment en France de savoir si on devait interdire les processions. On y a, sagement, renoncé. De même, on ne peut pas envisager une loi « d’interdiction des signes religieux » générale, dans la rue par exemple. Par extension, pas plus dans les sorties scolaires ou…les manifestations. La loi de 1905, (dite de séparation de l’Église et de l’État) est précieuse. C’est une loi qui sépare des institutions : les Églises et l’État. Elle est incomplète comme on le sait, au moins à cause du concordat maintenu en Alsace-Moselle et à cause de l’inexistence de la visibilité de l’Islam (pourtant à l’époque, il y avait en France déjà plus de musulmans que de juifs, et peut-être même que de protestants). Mais aujourd’hui la remise en cause de cette loi n’irait pas dans le sens de plus de laïcité, bien entendu. Il ne faut laisser aucun espace à la logique sarkozienne. Nous sommes et devons être hostiles à sa remise en cause, et vigilants devant tous les actes et déclarations qui vont dans ce sens.

 

Pas d’interférence des religions

La conséquence de ce principe de séparation institutionnelle est que l’élaboration politique doit se faire sans interférence directe des religions. C’est le cas par exemple de l’élaboration des programmes scolaires. La remise en cause de leur contenu au nom de la religion est bien plus grave qu’une série d’autres aspects qui occupent le devant de scène. Le « respect des consciences » y trouve donc une limite. Mais ça n’annule en aucun cas cette formule (d’origine jauréssienne) et qu’il faut défendre. La laïcité de l’institution n’est pas celle des assujettis à l’institution. En revanche les représentants de cette institution, les professeurs par exemple, doivent être eux-mêmes assujettis à la laïcité (c’était au cœur du débat dans les années 1900 sur le droit à l’enseignement des congrégations religieuses). Mais le principe posé, les débats sont sans fin : un agent de la poste (un facteur par exemple) y est-il tenu? Une infirmière? Il n’y a pas de réponse générale à ceci (et de plus, avec les privatisations…), mais dans le cas limite et fondamental de l’école, du fait de l’obligation scolaire, la contre-partie inévitable est la laïcité des personnels et des locaux. La laïcité c'est donc une séparation nette entre un enseignement qui doit être laïc, obligatoire, gratuit et pour tous, et dont les personnels doivent être aussi laïcs.

 

Rôle de l’État

Laïcs sans manifestation religieuse ni « signes », car les Églises n'ont pas à enseigner la physique, les maths, la loi, l'histoire, la géographie. C'est à l'État de le faire, donc une seule école et fermeture de toutes les autres écoles, ce que la gauche a failli faire en 1981, mais elle a reculé au dernier moment. Cela ne signifie aucunement que nous sacrifiions au mythe de la neutralité de l’État, et en particulier à celle de son école qui demeure l’enjeu permanent d’une lutte politique et idéologique entre forces antagonistes. La Laïcité n’élimine pas cette lutte. Mais elle en éloigne l’influence directe des institutions et références religieuses et de leurs conflits, ce qui constitue un acquis démocratique fondamental.

 

Éducation familiale

L'éducation familiale est privée, la religion est privée ;  si une famille veut donner une éducation religieuse à ses enfants la liberté de culte le lui permet : il y a les catéchismes, les cours bibliques, les cours de Coran, tout cela c'est du domaine des familles et de leurs communautés (églises, mosquées etc). C'est la liberté de culte, comme de leur côté les familles athées transmettront des valeurs athées à leurs enfants. Avec le droit pour ceux-ci de choisir leur propre voie, et de ne pas être assignés à un choix du seul fait de leur naissance.

 

Après arrivent une série de questions d’importance inégale. L’adaptation des pratiques en fonction des sentiments religieux possibles (alimentaires par exemple) n’a jamais fait problème pour nous. Évidemment, elles dépendent du nombre de gens concernés, et il y a une injustice pour des pratiques très minoritaires. Mais enfin, les nôtres de pratiques sont calées sur le culte dominant, catholique (il ne nous viendrait pas à l’idée de fixer un congrès à Noël) et on peut faire sa place, toujours pratique, (pourquoi l’Aïd ne serait-il pas chômé ?) à d’autres origines.

La règle ici est que tant que ça ne remet en cause aucun principe supérieur, on arrange les choses au mieux (par exemple par des choix de repas dans les cantines).

 

Principes supérieurs

Quels sont ces « principes supérieurs » ? Ils ne sont pas fixés de toute éternité, mais se définissent en fonction de l’avancée de l’idée de l’égalité des droits, et la traduction toujours plus étendue de cette notion. Dans le programme de notre parti, sont de cela l’égalité des hommes et des femmes, le rejet de tout racisme et inégalité fondée sur des « origines » posées comme des essences indépassables, sur des handicaps, sur l’oppression de peuples ou de nations. Cela s’étend aux orientations sexuelles. Et d’une manière générale au choix de mode de vie, si celui-ci ne met pas par ailleurs en cause les droits des autres. Donc des droits, pas des obligations. Le parti, la laïcité, n’imposent aucune vision normative de ce qu’il est « juste » et « faux » de faire et de dire, dans les limites indiquées.

Que les croyant/es ne veuillent pas être homos au nom de leur foi est leur droit, qu'ils/elles les persécutent n'est pas leur droit. Qu'ils/elles ne veuillent pas de l'avortement pour elles, c'est leur droit, qu'ils/elles veuillent l'interdire par la loi ou montrent du doigt celles qui y ont recours, ne l'est pas. Que l’on estime que le voile est un signe d'oppression des femmes est un droit, que l’on veuille empêcher le port de voile par la loi n'est pas un droit. Que les racistes chrétiens (ou autres) pensent du mal de l'Islam est leur droit, qu'ils empêchent les cultes islamiques n'est pas leur droit, les musulmans demandent la laïcité.

 

La laïcité c'est ça : ça permet un État de droits assurés pour la liberté de chacun/e, liberté de conscience, liberté de culte, liberté sexuelle, de mœurs, de disposer de son corps etc... de vivre comme il/elle l'entend, l'égalité de tous et toutes, hétéros, homos, hommes, femmes, catho, protestants, sunnite, chiites, israélites, orthodoxes et libres penseurs, athées etc. avec un État qui doit veiller à assurer tous ces droits.

Tous droits que notre parti dans toutes ses composantes se doit de défendre.

 

Samy-Jacques

 



19/01/2010
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