La Mirabelle Rouge

Des usagers associés font revivre leurs gares et leurs lignes !

Gourdon-Souillac contre la SNCF : on a gagné ?

Jean-Claude Laval, le maire de Souillac entouré d'un groupe de militant(e)s (Claude Debeda)

On pourrait s'exclamer : « On a gagné ! » mais ce serait abaisser l'action menée depuis plus de deux ans à une banale routine électorale ou, pire, à un pseudo-événement sportif.

Il s'agit de quelque chose de beaucoup plus significatif. Il s'agit de l'intervention directe dans la vie de la cité de citoyens et citoyennes parfaitement « inorganisés » dans un premier temps, avant qu'ils ne créent leur association « Tous ensemble pour les gares ».

Une autogestion du trafic par les usagers

Tout a commencé par la suppression de 15 arrêts du train Paris-Limoges-Toulouse (dit « Palito ») dans les gares de Gourdon et Souillac (Lot), début septembre 2007.

Immédiatement la réaction des usagers et habitants de la région s'est développée : occupation des voies, grève de la faim, actions auprès des médias, manifestations dans les grandes villes (Paris, Toulouse) et les moins grandes, mobilisation de nombreux élus et, action particulièrement significative, prise en charge des arrêts par l'association sur demande des voyageurs. Une sorte d'autorégulation, d'autogestion du trafic par les usagers.

Tout cela sous l'œil vigilant des gendarmes, des RG et d'huissiers dont le travail de repérage aboutit à l'inculpation de militants, à des procès et à des condamnations, certes, mais dépourvues de sanctions, comme honteuses d'elles-mêmes.

Et c'est ainsi que les arrêts supprimés sont progressivement récupérés : cinq, puis sept et enfin dix, chiffre qui semble satisfaire (pour l'instant ? ) ces femmes et ces hommes qui n'ont cessé, chaque semaine, d'arpenter les quais. Mais ces actions n'étaient pas tristes, bien au contraire : enthousiastes et festives, avec casse-croûtes et apéros aux bons moments… et aux autres. Ça va nous manquer. A moins que les promesses ne soient pas tenues.

Des militants vigilants

Car plutôt satisfaits mais prudents, échaudés par certaines décisions qui ont tardé à se concrétiser, des militants vérifient tous les jours, sur les quais, la réalité des arrêts et font le décompte des voyageurs, juste histoire de montrer que la SNCF mentait légèrement quand elle méprisait d'un revers d'argument l'importance du service rendu à la population par ces gares. Ainsi, par exemple, du 21 décembre au 24 janvier, à Souillac, 900 voyageurs sont montés ou descendus dans les trains dont les arrêts ont été rétablis.

Seulement voilà. Du nord au sud, les manifestations se succèdent sur la ligne pour contester des tracés de TGV, des suppressions d'arrêts dans certaines gares, des suppression de petites lignes, l'inattention permanente à la population, à l'environnement, bref, pour contester une politique dont le maître-mot est bien sûr rentabilité.

Une nouvelle association de défense et promotion de la ligne va tenir son assemblée constitutive le 30 janvier à Brive à l'invitation de Jean-Claude Sandrier, député du Cher et en présence de Philippe Nauche, député- maire de Brive-la-Gaillarde. Mais pour quoi faire ?

Vivre c'est se lever pour proclamer un autre monde

Pour « obtenir l'amélioration du réseau, la modernisation du matériel roulant et une meilleure adaptation des horaires et des correspondances » (la Dépêche du Midi). Je trouve curieuse cette ligne Paris-Toulouse non « TGVisée », délicieusement archaïque, comme laissée de côté par la « modernité ». Non que je sois un fanatique du TGV, au contraire, et là je suis sûr d'essuyer des sarcasmes, mais, soit dit en passant, je ne comprends toujours pas que certain(e)s, si affairés soient-ils, aient absolument besoin de se transporter à si grande vitesse au mépris de… tout.

J'ai même tendance à voir cela comme une agitation insensée, une sorte de folie collective dans un monde qui, précisément, semble aller de plus en plus vite… on ne sait où. A propos de monde et pour finir, il me semble important de noter que les citoyen(ne)s dont je viens de parler sont nombreux à être d'un âge sinon canonique, du moins respectable. Et ça non plus ce n'est pas triste.

Pas triste car il n'y a tout simplement pas d'âge pour vivre bien, et vivre bien c'est toujours se lever pour proclamer un autre monde. Nombre de ceux que l'on dit d'un certain âge sont encore bien jeunes et, en outre, ils ont le temps, et ils aimeraient bien laisser derrière eux un monde moins misérablement affairé, moins injustement désorganisé, moins intensément soumis aux folles grandes vitesses.

Je crois bien qu'on n'a pas fini de les voir, ceux-là, sur les quais, sur les voies et sans doute ailleurs

Photo : Jean-Claude Laval, le maire de Souillac entouré d'un groupe de militant(e)s (Claude Debeda)



24/02/2010
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