La Mirabelle Rouge

Douchés, mais mobilisés pour contre l'austérité....

 

 

 

 

Au-delà des appartenances, ceux qui ont battu le pavé devant la préfecture de Metz, hier soir,   partageaient tous l’angoisse d’un avenir sombre. Photo Maury GOLINI

 

 

 

 

 

 

 

Ils étaient peut-être deux cents, hier, devant la préfecture. Sous une

pluie battante, dans un vent glacial, blottis les uns contre les autres autour d’un vin chaud parfumé à la cannelle, les voilà, les humbles, les modestes, les sans-grade, ceux à qui le gouvernement vient d’annoncer qu’il va falloir payer la facture de leur inconséquence, des années de gabegie et de vie à crédit.

À l’appel de l’intersyndicale CFDT, CGT, FSU et Unsa, ils se sont retrouvés là sur le pavé, mouillés avec leurs espoirs douchés. Parmi eux, il y avait Rachel et sa copine Ornella, deux salariées d’une enseigne de discount installée dans la Vallée de l’Orne.

Rachel a 37 ans, dont treize ans de travail en supermarché. Célibataire, sans enfant, elle gagne en tout et pour tout 1 100 € net par mois. Quand elle a défalqué de son salaire son loyer, elle éprouve crûment le sens du mot austérité dont on lui rabat les oreilles depuis des mois. Rachel ne se plaint pas de sa condition, mais qu’on ne vienne pas lui donner de leçons : « Quand j’ai fini de tout payer, il ne me reste plus grand-chose. Parfois, le 22 du mois, je suis à zéro. En fait, c’est difficile tous les mois, mais je me débrouille. Je restreins mes loisirs au minimum, je ne fais jamais d’extra. » Mais, malgré cela, elle s’estime privilégiée : « J’ai une voiture, un toit, je mange tous les jours et je ne dois rien à personne… »

Ornella, 49 ans, deux enfants, mariée, est, elle, révulsée par la situation de sa collègue : « Elle n’y arrive pas… Nous, on s’en sort parce qu’il y a deux salaires qui rentrent. Mais demain ! ? J’ai 49 ans, je travaille depuis l’âge de 17 ans, et quoi ? ! À la retraite, je vais gagner le minimum social ! Faut arrêter de prendre les gens pour des cons ! Il faut arrêter de stigmatiser les gens qui travaillent et leur laisser de quoi vivre ! »

« Je ne pensais pas connaître ça »

Un regard sur l’instant que partage Simon. Ce père de deux enfants de 16 et 18 ans n’est pas à la rue, et pensait même avoir trouvé une profession qui le mettrait à l’abri des turbulences jusqu’à la retraite. Cependant, à 45 ans, cet employé de banque se met à douter.

Avec un salaire mensuel de 1 500 € complété par celui de son épouse, Simon peut compter chaque mois sur un revenu de 3 500 € pour régler son loyer de 850 €, ses frais fixes et tous les petits à-côtés.

Et pourtant, il voit son niveau de vie dégringoler : « Je ne pensais pas connaître ça en début de carrière. Aujourd’hui, on jongle tous les mois avec le treizième mois. Ce qui nous sauve, c’est d’être à deux. Mais si l’un de nous perdait son emploi, on ne serait pas loin de basculer dans la pauvreté. »

« Je ne sais pas comment je fais »

Simon ne s’en cache pas, il a peur depuis quelque temps : « Rien n’est plus acquis. On n’a plus de filet de sécurité. Je n’épargne plus depuis longtemps et je n’ai pas pu prendre le risque de devenir propriétaire. C’est navrant d’en être arrivé-là. La classe moyenne est à bout. »

Marie-Ange peut en témoigner. À 43 ans, cette salariée d’une société semi-publique, qui vit seule avec ses deux enfants de 18 et 22 ans, doit jongler avec quelque 600 € de budget tous les mois, une fois déduit 800 € de loyer et de charges. Une gestion tirée au cordeau qui lui permet un quotidien à l’économie : « Je ne sais pas comment je fais, mais j’y arrive. Je traque les produits alimentaires en limite de péremption, je m’habille uniquement durant les soldes. Et puis ma fille se prend en charge. Elle travaille en même temps que ses études. Du coup, elle ne me demande jamais rien. »

Comme Marie-Ange, d’ailleurs. Elle, elle voudrait juste que la société se secoue un peu, qu’elle ouvre les yeux sur ces « personnes âgées qui fouillent dans les poubelles de la rue Serpenoise pour trouver de quoi manger » ou sur ces « gens qui n’ont plus les moyens de se soigner ». Tout cela est un peu le miroir de ses propres angoisses. Marie-Ange sait qu’elle aussi est sur le fil du rasoir, qu’un mauvais grain pourrait la faire chuter. Elle l’a d’ailleurs expérimenté récemment à la suite de problèmes de santé. Alors, comme beaucoup, hier, elle s’est pelotonnée dans la chaleur de l’espérance, manière de sécher un peu ses désillusions.

Thierry FEDRIGO (Républicain Lorrain le 14.12.2011) 

 




14/12/2011
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