La Mirabelle Rouge

Insolite: Besson vire les sans papiers sauf s'il a sa carte UMP

 

 

Libération (01.03.2010)

 

 

Albert, militant UMP et sans-papiers

 

 

SOCIÉTÉ - Albert Batia a une carte à l'UMP. Mais pas de carte de séjour. Le jour où nous l'avons rencontré, la police était venue sonner chez lui de bon matin. Albert Batia n'a pas ouvert. Il connaissait l'objet de la visite (la 6ème en quelques mois) : l'emmener en centre de rétention en vue de son expulsion vers son pays d'origine, le Congo Kinshasa. Faute de papiers, Albert Batia ne peut plus travailler, mais il évite de rester chez lui en journée. Il traîne dans les bibliothèques de Lyon. Et parfois, il part tracter. Car on est en période électorale, et Albert Batia, tout sans-papiers qu'il est, milite aussi activement pour l'UMP…

Samedi, il était avec Nora Berra, secrétaire d'Etat aux personnes âgées, et tête de liste UMP dans le Rhône sur les marchés. Jeudi, il participait à une réunion sur l'avenir de la région Rhône-Alpes, organisée par l'école des militants UMP. Entre temps, sur les trajets, il fait attention. Evite les policiers. Comme tous les sans-papiers. Albert Batia ne voit pas là d'incohérence. Il explique avoir toujours été militant. Il dit:  "Je trouve normal de m'investir dans le pays où je vis". L'UMP, où il avait des amis, lui a plu. Il a une vision plutôt libérale du monde. Avant l'UMP, il était déjà membre actif de son conseil de quartier, dans le 1er arrondissement de Lyon. Il s'occupe là-bas des question de sécurité et… de citoyenneté. Très croyant, il est aussi actif dans sa paroisse. Au Congo, Albert Batia était membre du PALU (le parti lumumbiste) et avait entrepris de dénoncer des passe-droits dans un affaire de cargos chinois. L'affaire s'était envenimée, et il avait quitté précipitamment le Congo pour le France en juillet 2005. Il continue d'ailleurs à rencontrer ses amis congolais exilés et participe aux réunions politiques de la diaspora une fois par mois à Grenoble.

Albert Batia n'a jamais obtenu le statut de réfugié qu'il a demandé à son arrivée en France. Mais, en 2007, il a obtenu un titre de séjour provisoire. Car, entre temps, il est tombé malade, se découvrant un diabète de type 1 (insulino-dépendant). Après son hospitalisation, il a demandé un titre de séjour pour soins. La préfecture lui en a accordé un pour "vie privée et familiale". Albert Batia n'a absolument aucune famille ici. Mais il s'est gardé de faire la fine bouche sur l'intitulé de cette régulation provisoire. Le titre lui permettait de travailler. C'était l'essentiel. L'ancien ingénieur agronome est devenu ouvrier dans une charcuterie industrielle. Fin 2008, son titre n'a pas été renouvelé. A son travail (comme à l'UMP), personne ne lui a rien demandé. Il a continué à bosser. Jusqu'à ce l'inspection du travail tombe sur son cas. Son entreprise a dû le licencier. Depuis, il vit le quotidien sans droits des sans-papiers. Interdiction de travailler. Peur de se faire arrêter. Expulser de son logement. Expulser tout court.

Ses l'amis l'aident. Ses voisins et amis se sont cotisés pour verser un mois de loyer. Un de ses copains - fonctionnaire de police - lui a appris qu'il ne fallait jamais ouvrir la porte de son domicile à partir de 6 heures du matin. "Je le dépanne mais c'est extrêmement dur pour lui en ce moment et on ne sait pas trop quoi faire", explique cet ami qui lui a rédigé une attestation sur l'honneur pour son dossier d'appel en vue l'obtention de son statut de réfugié.

A l'UMP, Romain Burgat, le responsable des jeunes actifs du Rhône (sorte de club des trentenaires de l'UMP), dont Albert Batia est membre, explique : "A notre niveau, on ne peut pas faire grand chose pour lui". Il raconte qu'Albert est un militant "dynamique", "motivé" qui s'intéresse à la politique en général mais n'évoque pas de sa situation. "Je ne suis pas là pour ça", dit Albert Batia. Il a cependant sollicité le soutien de certains élus. Dominique Perben et Nora Berra lui ont assuré leur soutien. Tout en lui expliquant qu'il ne pouvait pas grand chose. Albert Batia pense qu'à l'UMP, le débat sur les questions d'immigration est souvent posé "en de mauvais termes". "Je comprends que la France ne puisse accueillir tout le monde. Mais il faudrait pouvoir revoir le système en tenant compte de la situation des gens. Je ne suis pas venu pour prendre le travail d'un Français mais parce que j'avais besoin de quitter mon pays". Cette semaine, Albert Batia dépose une nouvelle demande auprès de l'Ofpra pour revoir son dossier. Il va aussi poursuivre ses activités militantes. Les régionales approchent. Il trouve les débats "passionnants". Ne comprend pas qu'aussi peu de gens s'y intéressent en France.

 

Alice GERAUD



02/03/2010
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