La Mirabelle Rouge

Les manifestations du 19 octobre vues par le Réplor

La mobilisation ne s’essouffle pas à Metz où près de 10 000 personnes ont manifesté contre la réforme des retraites, hier après-midi, malgré la pluie.

 

Près de 10 000 personnes (11 000 selon les syndicats, 7 000 selon la police) étaient dans la rue hier. Un peu moins que lors de la mobilisation de mardi dernier (12 000 personnes selon les syndicats). Mais compte tenu des conditions climatiques, on aurait pu imaginer une plus grande défection. Malgré la pluie, les organisations syndicales, 1 500 jeunes (lycéens et étudiants) et un nombre conséquent de personnes sans étiquette ni couleur politique ont défilé de la gare de Metz à la préfecture, hier, à grand renfort de fumigènes, pétards et autres vuvuzelas.

Opération escargot

Les routiers ont ouvert le bal hier matin sur l’A31 à hauteur de La Maxe. A partir de 8h et jusqu’à 9h40, ils ont organisé une opération escargot à bord de leur voiture, laissant leurs poids-lourds au hangar. Deux fourgons de la CGT et de la CFDT ont encadré le cortège formé par les quatorze véhicules, depuis la station essence de Saint-Rémy jusqu’à la sortie Actisud vers Jouy-aux-Arches, provoquant un ralentissement de plus de 13 km sur l’autoroute.

Les lycéens au pas de charge

Rassemblés devant la cité scolaire Julie-Daubié de Rombas et le collège Paul-Langevin de Hagondange, les jeunes manifestants de la Vallée de l’Orne étaient environ 300, hier, contre 500 la veille. Moins agressifs cette fois-ci, ils ont défilé tranquillement dans les rues. Collégiens et lycéens se sont rejoints au stade d’Amnéville. A Talange ou à Marange-Silvange, quelques collégiens se sont réunis devant leur établissement avant de reprendre les cours.

A Metz, les lycéens étaient entre 800 à 1 300 à se mobiliser hier matin, marchant au pas de charge d’un lycée à l’autre, en vue de rassembler le plus de monde possible. Une grande partie d’entre eux a rejoint le défilé intersyndical aux côtés des étudiants (lire ci-dessous).

Des trains et des pétards

Le trafic ferroviaire était toujours perturbé hier, en gare de Metz, avec un TER sur trois, un Corail sur cinq et quatre TGV sur cinq (aucun pour les Vosges). Quant au train de 13h53, à destination de Paris, il a eu du mal à quitter la gare.

Des torches à flammes rouges, dérobées à la SNCF, ont été allumées sur la voie 1 et des pétards ont explosé au passage du TGV.

Ces agrès sont généralement utilisés par les chauffeurs de train en cas de problème sur la voie. Le train a été immobilisé 50 minutes en gare du Sablon, selon le protocole de sécurité.

Plus tard, de nombreuses autres torches ont été allumées au sein du cortège par les organisations syndicales.

Les retraites mais pas seulement

La réforme des retraites était toujours dans le collimateur des 10 000 manifestants hier (« Faisons awoerther cette réforme », « Retraités oui, maltraités, non ! », « La retraite avant l’arthrite », pouvait-on lire sur les banderoles). Mais pas seulement. « Sarkozy », « les marchés financiers » ou encore « le capitalisme » étaient épinglés par les mécontents dont certains disaient ressentir «  un ras-le-bol général ». Franco, retraité de 62 ans, était au spectacle : «  Je suis épris de justice et d’humanité. Alors, ça me fait plaisir de voir les gens défiler. Ça fait des années que les ouvriers baissent la tête ». «  Les autres pays européens regardent ce qui se passe en France. On est ce pays gaulois qui refuse de courber l’échine comme en Allemagne ! », a conclu Denis, cheminot de Thionville.

Céline KILLÉ et Audrey LIBIEZ (Républicain Lorrain 20.10.2010)
 
 

Lorraine : le coup de semonce des routiers

L’opération escargot de l’intersyndicale CGT-CFDT du transport a provoqué des bouchons de Metz à Guénange. Elle prévoit déjà de durcir le mouvement, avec le dépôt pétrolier d’Hauconcourt en point de mire.

Un bouchon monstre de Guénange à Metz, sur l’A31 en pleine heure de pointe du matin. Puis plus rien ou presque, en Lorraine, à l’exception d’une micro manif’SNCF-EDF entre Thionville et Metz, vers 13 h.

L’intersyndicale CGT-CFDT du transport tenait à ménager ses effets, hier, lors de l’entrée des routiers dans le mouvement de contestation de la réforme des retraites. Et pourtant, les professionnels de la route ont pour l’instant laissé leurs camions au garage. C’est avec une vingtaine de véhicules des organisations syndicales et des voitures particulières encadrés par les motards de la CRS autoroutière Alsace-Lorraine qu’ils ont ralenti le trafic autoroutier pendant près de deux heures, de 8 h à 10 h.

Dépôt pétrolier en ligne de mire

Résultat : 13 km de retenue, alors même que l’opération escargot s’est limitée à rallier La Maxe à la ZAC d’Augny. «  C’est la semaine cruciale pour le débat et nous sommes prêts à monter en puissance graduellement », confirme Jean-Marc Couturier, le secrétaire général CFDT-Transports de Moselle, en pleine opération de tractage dans le secteur de la gare en fin de matinée.

Lui et ses hommes se préparaient à gonfler les effectifs de la manifestation messine de l’après-midi. Son homologue de la CGT, (majoritaires) Jean-Luc Léger était lui aussi sur le terrain, cherchant à convaincre les usagers du Technopôle des contradictions des projets du gouvernement en général et des craintes corporatistes en particulier. «  Vous voulez croiser un 40 tonnes de matières dangereuses sur la route, conduit par un chauffeur de 64 ans ? Moi, non ! On a obtenu que l’on tienne compte de la pénibilité de notre métier, en 1995, en fixant l’âge de départ à 55 ans. Faut pas que ça change ! », se fâche-t-il. Leur attente commune ? «  Que l’Etat et les syndicats se remettent autour de la table, ce qui n’a toujours pas eu lieu. Bon, on n’est pas naïf, le gouvernement ne veut pas recule r. En même temps, on en reparlera dans quelques jours ! », promet Jean-Marc Couturier. Dès aujourd’hui à 6 h 30, ils seront sur la plateforme logistique d’Ennery pour faire de la retape auprès des professionnels du site.

Patrons très remontés

La suite ? A voir. En tout cas, tout semble ouvert pour les deux hommes. «  Oui, bien sûr qu’on bloquera le dépôt pétrolier d’Hauconcourt cette semaine s’il le faut. Il y a évidemment aussi tous les grands sites logistiques de la région. Tout ce qui sera nécessaire pour faire bouger les lignes », jurent-ils. Du côté des patrons du transport routiers, on craint effectivement le pire, avec un effet de ciseau qui repose sur les difficultés d’approvisionnement en gazole et les chauffeurs qui entrent dans la danse. «  20 % de grévistes bloquent 80 % du pays et empêchent ceux qui le veulent de travailler, C’est inadmissible », peste Jean-Paul Jung, président de la FNTR-Moselle et Lorraine, qui vient d’écrire au préfet (lire par ailleurs). Selon lui, les entreprises de transports «  déjà fragilisées par la crise ne résisteront pas longtemps aux conséquences du blocus actuel. Alors qu’il y avait un frémissement de reprise, on nous casse notre outil de travail ! ».

Alain MORVAN (Républicain Lorrain 20.10.2010)
 
 

Manifestations à Sarreguemines et Bitche

Entre 800 et 900 élèves à Sarreguemines, près de 150 à Bitche. Les lycéens de la région n’avaient pas encore manifesté jusqu’à hier contre le projet de réforme des retraites et pour exprimer leurs craintes par rapport à l’emploi.

 

 

A Bitche les lycéens entrent dans la danse de la contestation

Environ 150 lycéens ont battu le pavé hier matin dans les rues de Bitche pour protester contre la réforme des retraites mais aussi, plus globalement, contre la politique du gouvernement.

On s’est décidé mercredi dernier. On voulait d’abord manifester vendredi, mais on a trouvé que ça faisait trop court pour s’organiser. Alors on a profité de la journée nationale de mobilisation », explique Pierre Poissant. Elève en 1 re au lycée Teyssier, il fait partie des organisateurs de la manifestation qui a arpenté les rues de la ville hier matin.

Reçus en mairie

A 8 h, environ 150 élèves se sont rassemblés devant le lycée Teyssier. Des adolescents issus de l’établissement, mais aussi du lycée professionnel Schweitzer et du Saint-Augustin. A 8 h 20, le cortège s’est élancé, tambour battant. Ils ont réveillé la cité fortifiée, à l’aide de sifflets et des slogans de circonstance. Sur les banderoles, on pouvait lire «  Pôle Emploi, t’as de beaux vieux tu sais » ou «  Retraite anticipée pour Sarkozy ». Il y avait aussi des déclinaisons locales, avec le classique «  Pays de Bitche en colère » et le plutôt originale «  Je préfère le Bitcherland à Sarkoland ».

Encadrés par les gendarmes, la police municipale et des parents d’élèves, les quelque 150 lycéens se sont dirigés toujours aussi bruyamment vers l’hôtel de ville. Tout comme les forces de l’ordre, la municipalité avait été prévenue de l’action de la jeunesse bitchoise et d’une petite visite de courtoisie. Le premier adjoint au maire s’est chargé de l’accueil des trois représentants des lycéens, Pierre Poissant, Margot Drouard et Paul Pfeffenkorn. Ils lui ont remis une lettre, lue devant l’ensemble des manifestants quelques instants plus tôt, et destinée au président de la république Nicolas Sarkozy.

« On va continuer »

Outre la réforme des retraites telle qu’elle est envisagée actuellement par le gouvernement, les lycéens bitchois ont également mis en avant, dans leur courrier, qu’ils étaient tout à fait en mesure et en âge d’avoir des opinions et de porter un jugement et une réflexion sur le sujet. «  Certains croient qu’on est manipulés par nos parents ou par l’opinion publique. Mais on a nos propres opinions et on les défend. On se devait de manifester », explique Margot qui, avant d’entrer en mairie, lâchait : «  Ce n’est pas parce qu’on est dans notre petite campagne qu’on ne peut pas se mobiliser. » «  On s’est renseigné, on a notre avis sur la question des retraites », enchaîne Paul. Avant que Margot ne reprenne : «  Même certains profs ne nous prennent pas au sérieux. Mais on ne serait pas là, sous la pluie et dans le froid… »

«  Rafraîchissant », c’est d’ailleurs le terme employé par Roland Hoff pour qualifier le cortège. Eu égard au temps mais surtout à l’âge des manifestants. Pour autant, l’adjoint au maire a eu l’impression d’avoir «  des gens mâtures en face » mais il a tenu à leur rappeler, au détour d’une petite discussion à bâtons rompus «  qu’il faut garder à l’esprit ce qui est faisable et pas faisable. » Petite allusion à d’éventuels débordements. De ce côté, pas de souci, les lycéens bitchois ont su se tenir. Mais sont bien décidés à persévérer. «  On va continuer », précise Paul. Le défilé dans les rues de la ville était le premier contre la réforme des retraites. Peut-être pas le dernier.



20/10/2010
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