La Mirabelle Rouge

Metz-Métropole: Bohl,l'inflexible,contraint à lâcher 350 000 euros

Vendredi 17 septembre 2010

 

Le président de Metz Métropole et les organisations syndicales sont parvenus à un accord, hier après-midi. Le régime indemnitaire des agents communautaire sera remis à plat et gonflé de 350 000 € par an.

Voilà, c’est fini. Après huit jours de conflit, les agents de catégorie C de Metz Métropole, majoritairement des rippeurs, ont décidé de mettre fin au mouvement de grève qui pénalisait la collecte des déchets dans l’agglomération. Hier, vers 17 h et après une dernière journée de manifestations et de tractations, ils ont signé un protocole d’accord avec le président Jean-Luc Bohl. Ils réclamaient le versement d’une prime mensuelle de 70 €. Ils ont finalement obtenu la remise à plat du régime indemnitaire de l’ensemble des agents de la communauté d’agglomération.

La masse salariale globale sera augmentée de 350 000 €. La répartition de ce bonus entre les agents fera l’objet d’une négociation ultérieure. Mais dans le communiqué commun que Metz Métropole et les organisations syndicales ont rédigé hier, les signataires indiquent qu’un « accent particulier sera mis à cette occasion sur les catégories C. »

« C’est un très bon accord, nous sommes pleinement satisfaits, réagit Djemel Benkerroum, délégué CFDT. Nous attendions du concret : 350 000 €, c’est une très grosse somme. Après les tensions de ces derniers jours, chacun voulait l’apaisement. Je crois que nous avons su sortir de cette crise avec intelligence. »

Alors, Jean-Luc Bohl a-t-il cédé ? « Non, je pense simplement qu’il fallait que s’opère une certaine maturation des propositions que j’avais faites depuis le début du conflit dans les esprits de chacun », se défend le président de Metz Métropole. « Je suis très attaché à l’équité entre les agents. Dès le début, j’ai proposé la remise à plat du régime indemnitaire. Nous avons chiffré l’effort que nous étions en mesure de faire. Je crois que c’est ce qu’ils attendaient. »

Jean-Luc Bohl n’avait plus le choix

Empêtré dans cette crise depuis plus d’une semaine, Jean-Luc Bohl a senti qu’il était grand temps d’en sortir. En renonçant à tout blocage pour adopter un mode de revendication plus sobre, les grévistes commençaient à s’attirer la sympathie de l’opinion publique. Car les citoyens comprenaient mal que le président s’obstine à refuser une augmentation de 70  € à ces agents sous-payés, alors que les sacs poubelles s’accumulaient sur les trottoirs. Pire : certains commençaient à lui reparler des fameuses indemnités des vice-présidents, feuilleton de l’année 2009 dont il avait péniblement réussi à se sortir.

Même s’il assure avoir eu « le soutien unanime et fidèle des maires de l’agglomération » dans la gestion de cette crise, Jean-Luc Bohl sentait bien que certains auraient fini par le lâcher, si le conflit avait dû se prolonger au-delà du week-end.

La paix sociale conquise, il lui reste maintenant une mission encore plus difficile à accomplir : trouver les marges de manœuvre budgétaires pour tenir cet engagement.

L’équation est d’une extrême complexité. Car Metz Métropole doit aussi financer les frais de fonctionnement du Centre Pompidou et les travaux du Mettis. Tout ça sans la taxe professionnelle, supprimée alors que la reprise de l’économie s’annonce. Pas de doute, il faudra aller chercher l’argent là où il est : dans les poches des ménages.

Anthony VILLENEUVE.(RL du 17.09.2010)

 

 

Mercredi 15 septembre 2010

 

 

Les négociations entre les agents de Metz-Métropole et la direction ont fini dans une impasse hier. Mécontents de la tournure des événements, les manifestants menacent toujours de bloquer le site de la régie Haganis.

 

Le mécontentement est monté d’un cran parmi les agents grévistes de Metz-Métropole. Hier, les négociations entamées avec la direction, dans les locaux de l’Harmony Park, n’ont rien donné. Une semaine après le début du conflit, la situation est donc au point mort, et elle s’est même passablement détériorée.

Le face-à-face n’aura duré que vingt minutes. A la sortie de la réunion, un délégué syndical lève ses bras, puis les croise. L’espoir d’une issue vient de s’évanouir. Face aux caméras et aux micros, Djemel Benkerroum est écœuré. «  Nous n’avons reçu aucune proposition. Depuis que je suis syndicaliste, je n’ai jamais vu ça ! », tempête le responsable CFDT. «  Il se fout de notre g… ! », lâche même un manifestant.

Dialogue de sourds

Jean-Luc Bohl est directement visé. Quelques minutes auparavant, le président de la communauté d’agglomération leur a demandé de cesser leur mouvement de contestation sur-le-champ, comme préalable à une reprise des discussions. Ce qu’il confirmera plus tard devant la presse, lors d’une conférence visant à mettre les points sur les "i" et à rappeler que des propositions concrètes ont été mises sur la table. Dont la remise à plat des régimes indemnitaires pour les trois catégories d’agents (A, B, et C).

Le patron de Metz-Métropole, les traits tirés, a encore du mal à digérer ce qu’il considère comme «  une situation regrettable ». A propos de la prime de 70 € brut réclamée par les grévistes, il souhaite rétablir la vérité : «  Elle ne fait pas partie des rémunérations obligatoires des fonctionnaires. Et contrairement à ce qui a été dit, cette indemnité n’a pas été versée à qui que ce soit à Metz-Métropole. »

Un peu dépassé par la tournure des événements, oscillant entre le fer et le velours, Jean-Luc Bohl refuse les déclarations démagogiques. Mais il brandit la menace de poursuites judiciaires si la situation devait se durcir. «  Nous utiliserons tous les moyens mis à disposition par la loi pour faire respecter le service public », prévient-il en ajoutant «  qu’il serait malheureux d’en arriver là ».

Changement d’adresse

Comme nous l’annoncions dans notre précédente édition, le conflit pourrait s’amplifier. Hier, en fin de journée, le camp de base des mécontents, situé devant le centre technique de l’Actipôle, a été levé… pour être transféré à l’entrée de la régie Haganis. Une assemblée générale, prévue ce matin, décidera des suites à donner au mouvement, avec, en ligne de mire, le blocage de ce site. Des agents de Metz-Métropole intervenant chez Haganis pourraient se joindre à leurs camarades, par solidarité.

Quant au ramassage des poubelles, il montre de sérieux coups de fatigue. La pénurie des effectifs a visiblement des répercussions sur le moral du personnel non gréviste, soumis à une charge de travail très lourde.

 

Olivier PIERSON ( RL du 15.09.2010)

 

 

 

 

Mardi 14 septembre 2010

 

 

Les agents de Metz-Métropole intervenant à la régie Haganis menacent de bloquer le centre de revalorisation si leurs camarades du centre technique n’obtiennent pas satisfaction.

 

La menace était dans les cartons. Hier matin, elle a quitté son emballage.

Daniel Aubertin, délégué CFDT à la régie Haganis – où intervient du personnel de Metz-Métropole –, l’a annoncé lui-même à Laurent Gadeyne, directeur du centre technique communautaire, point névralgique de la gestion des camions-benne. La direction d’Haganis a également été avertie. Le message a été clair : «  Nous sommes solidaires avec nos camarades. S’ils n’obtiennent pas gain de cause, nous bloquerons le centre de revalorisation des déchets. » Ambiance…

Situation fragile

Une question se pose alors : le blocus sera-t-il total, c’est-à-dire en incluant les camions de la Somergie et de la Sita, ou bien sera-t-il cantonné aux bennes de Metz-Métropole ? «  Rien n’a encore été défini. Cela dépendra du résultat des discussions entre nos collègues grévistes et Metz-Métropole », confie le représentant syndical.

Voilà qui rajoute un peu de pression à une situation déjà tendue, même si, hier, à la veille d’une réunion, peut-être cruciale, prévue entre la direction de Metz-Métropole et une délégation de grévistes, le mot d’ordre tendait vers l’apaisement et l’ouverture au dialogue.

Toujours aussi déterminée, la centaine de manifestants attend de voir ce qu’il lui sera proposé avant de décider de la suite des opérations. Dans le camp opposé, Jean-Luc Bohl préfère jouer la prudence.

On en est donc là, dans un entre-deux où chacun avance ses pions, comme pendant une partie d’échecs. «  J’ai déjà fait un certain nombre de propositions concrètes aux syndicats », se contente de rappeler le patron de Metz-Métropole, qui a promis notamment de faciliter l’évolution de carrière et de faire évoluer la grille des indemnités. Ce qu’il attend des échanges programmés aujourd’hui entre les deux parties ? «  J’espère qu’on travaillera dans un climat de sécurité et de sérénité, et sur le long terme, ceci dans l’intérêt de la collectivité, des agents, et de la communauté d’agglomération. »

Reste à savoir à quelle heure et où aura lieu cette rencontre tant attendue, aucune précision n’ayant été apportée à ce sujet.

Tournées au ralenti

Chez les fonctionnaires à l’arrêt, les mines graves ne faisaient que confirmer la motivation ambiante. La grève suit son cours et quelques camions (9 sur 17, pour la tournée d’hier matin, selon les grévistes) sont partis débarrasser quelques communes de leurs ordures ménagères.

Par manque de personnels, des localités ou des quartiers de la ville de Metz n’ont pas vu passer le camion-benne (lire par ailleurs).

En conflit depuis le 8 septembre, une partie des agents de catégorie C réclame toujours le versement d’une prime de 70 € brut pour 380 des «  petits salaires » comme ils les appellent.

Le blocus, levé deux jours plus tard, avait été présenté comme «  un geste de bonne volonté et une ouverture aux discussions », rapporte Djemel Benkerroum, responsable CFDT.

L’heure est maintenant aux conjectures. «  En aucune manière, je ne veux polémiquer », martèle Jean-Luc Bohl. «  La balle est dans son camp », réplique la figure de proue des manifestants. La table est mise.

Olivier PIERSON (RL du 14.09.2010)

 

 

Dimanche 12 septembre 2010

 

Bohl joue à l'arnaqueur en espérant le pourrissement du mouvement

 

 

 

L’énième rendez-vous entre les grévistes de Metz-Métropole et leur président, Jean-Luc Bohl, a abouti à un statu quo. La grève est maintenue jusqu’à mardi.

 

Jean-Luc Bohl a réussi son pari. En revêtant le costume de l’homme à la main de fer dans un gant de velours, il a su éviter le pourrissement du conflit qui oppose, depuis mercredi, Metz-Métropole à une centaine de fonctionnaires territoriaux de catégorie C, en attente du versement d’une prime. Rien ne dit qu’une étincelle ne remette pas le feu aux poudres mais le président de la communauté d’agglomération a su se montrer être assez ferme et ouvert pour que le ramassage des ordures, débloqué vendredi après-midi, reprennent assez rapidement. Après plusieurs heures de tractations, il a obtenu l’assurance des manifestants de pouvoir passer un week-end tranquille. Les nombreuses animations, brocantes et braderies du secteur messin vont se dérouler aujourd’hui dans des rues vidées de leurs sacs poubelles.

A midi, hier, ce n’était pas gagné d’avance. Une trentaine de grévistes, très décidés venaient de voter à main levée sur le perron de l’Hôtel de ville de Montigny-lès-Metz la reprise immédiate du blocus. «  Ils se foutent de nous ! C’est bon, on va fermer le centre technique communautaire de Borny. On va également bloquer l’entrée de l’usine de valorisation des déchets », entend-on dans les rangs de ces sympathisants CFDT.

Une réaction épidermique aux nouvelles annoncées par leurs représentants syndicaux. Reçus par Jean-Luc Bohl, des promesses ont été avancées mais «  rien de vraiment concret. Ça ne va pas, il faut qu’on reprenne le mouvement, lance l’un des plus motivés du groupe. Si on lâche maintenant, c’est fini. »

Le régime indemnitaire sera revu

Alerté de cette nouvelle prise de position, le président de l’agglomération vient à la rencontre des grévistes.

Une franche discussion s’engage.

Stéphanie Schmitt, la directrice de cabinet, se charge de faire passer le message de Jean-Luc Bohl auprès de la presse, tenue à l’écart. «  Le président ne cédera pas à la pression. Nous sommes décidés à faire évoluer les choses. Il y a un problème de grilles indemnitaires à Metz-Métropole et nous souhaitons y remédier, assure-t-elle. Mais cela demande du temps afin de pouvoir dégager les finances nécessaires. C’est le nœud du problème car aujourd’hui, Metz-Métropole connaît des soucis financiers, qui ne s’arrangeront pas avec la réforme de la taxe professionnelle. Néanmoins, le président tient à revoir le régime indemnitaire hérité d’une ancienne époque et qui est injuste. Il faut en discuter mais s’il y a blocage, il n’y aura pas de négociations possibles. »

Après s’être concertés, «  et aux termes d’échanges rudes car on a eu du mal à se mettre d’accord », selon Djemel Benkerroum (CFDT), les manifestants ont décidé de poursuivre la grève mais de ne bloquer aucun site. «  Il y a eu des signes d’ouverture du président. On veut croire que les choses avanceront dans le bon sens lors du prochain rendez-vous. » Il est fixé à mardi soir.

Kevin GRETHEN.(article et photo R.L le 12.09.2010- titre Mirabelle Rouge)

 

 

Samedi 11 septembre 2010

 

 Les grévistes de la communauté d’agglomération ont levé, hier, leur blocus. Si des camions circulent à nouveau, la grève continue. Les discussions devraient reprendre ce matin.

 

Des paroles aux actes, Jean-Luc Bohl n’a mis que quelques heures pour faire ce qu’il avait laissé sous-entendre la veille. Le président de Metz-Métropole a lancé, hier, une action judiciaire d’urgence afin de débloquer la situation dans le conflit qui oppose l’agglomération a une partie de ses agents de catégorie C, qui réclament toujours une prime de 70 €.

Avant même de passer les portes du tribunal, les grévistes ont levé les barrières pour permettre à des camions-benne de circuler et de ramasser les poubelles. Si le souci d’apaisement semble général, la situation reste fragile. Les manifestants attendent «  maintenant de l’argent ». Retour sur une journée pleine de rebondissements.

9h15. Devant le centre technique communautaire de Metz-Borny, les fonctionnaires en grève affichent le sourire après une deuxième nuit passée à la belle étoile. Pourtant, les leaders supposés du mouvement viennent d’apprendre qu’ils sont assignés en référé pour entrave à la liberté de travail par leur employeur.

«  On tient le coup, certifie Djemel Benkerroum, le leader CFDT. Le moral est bon. On continue comme ça. Pour le moment, il n’y a pas de raison que l’on bouge. »

11h25. En assemblée générale, les manifestants décident de lever le blocus devant le local technique de Borny. La barrière obstruant la voie est levée : plus rien ne s’oppose à ce que les camions-benne reprennent le travail. En revanche, les manifestants n’entendent pas reprendre le leur et maintiennent leur campement à Metz-Borny. «  On a choisi cette solution car on craignait des actes de violence si la justice demandait aux forces de l’ordre de nous déloger », annoncent les représentants syndicaux.

14h. Trois camions seulement sortent du dépôt en direction des lieux prioritaires, «  les hôpitaux et les maisons de retraite notamment », indique Metz-Métropole.

15h. Devant le juge des référés, les deux parties face à face démontrent une envie d’apaisement. La levée du blocus, quelques heures auparavant, y est pour beaucoup. Se pose du coup la question de l’utilité de cette audience d’urgence. Metz-Métropole et son avocat, Me Nicolas Olszak, attendent des certitudes concernant la suite des événements. «  Qui nous dit que les grévistes ne recommencent pas le blocus ce week-end ? Nous n’avons pas d’indications concernant leurs intentions. »

Après avoir reçu l’assurance que le dépôt communautaire ne serait plus bloqué, et dans un souci de ne pas envenimer les choses, le juge des référés a décidé de renvoyer l’affaire à mardi.

16 h. A la sortie du tribunal, une nouvelle date de rendez-vous entre les parties tombe : Jean-Luc Bohl recevra une délégation de grévistes ce matin, à 11h.

Les agents attendent des assurances de leur président. «  Ce n’est pas la peine de nous réunir s’il n’y a rien à proposer. C’est évident qu’ils ont des choses à nous offrir », espère Jean-Marie Fregoni, secrétaire général CFDT Interco, venu soutenir les manifestants. «  Ils ont déjà prévu ce qu’ils allaient faire en cas d’échec des négociations », glisse Me Philippe De Zolt, l’avocat du syndicat.

19 h. Des agents non grévistes commencent la tournée de nuit. Les manifestants assistent au ménage, avec un petit sourire au coin des lèvres. Beaucoup de travail les attend. Il faudra plusieurs jours pour absorber les ordures restées dans la rue depuis mercredi. «  Et le message a été passé à tout le monde : il faut ralentir au maximum le ramassage, indique Jean-Marie Fregoni. On a demandé aux agents de ne pas trop en faire… »

 

Kevin GRETHEN (Républicain Lorrain 11.09.2010)

 

 

 

Vendredi 10 septembre 2010

 

Les deux parties sont restées sur leurs positions, hier. Les grévistes de Metz-Métropole réclament leur prime, la présidence propose un calendrier des discussions.

 

Les jours passent et ne changent rien à l’affaire. Les agents grévistes de Metz-Métropole continuent de bloquer le centre technique communautaire de Metz-Borny, point névralgique de la gestion des camions-benne.

Des monticules d’ordures se forment dans les 40 communes de l’agglomération. Une situation préoccupante pour le président Jean-Luc Bohl, pas décidé toutefois à «  se laisser faire par des gens qui prennent en otage la population ».

Les discussions sont rompues entre les deux parties. L’enlisement du conflit soulève plusieurs questions.

Pourquoi Metz-Métropole ne verse-t-elle pas la prime ?

Les agents de catégorie C de la communauté d’agglomération attendent depuis 2004 que les textes soient appliqués pour toucher l’indemnité d’exercice des missions des préfectures, un nom que personne n’arrive à décrypter. «  Le plus important, c’est qu’il y a 70 € brut par mois à l’arrivée », indique l’un des cent grévistes.

Jean-Luc Bohl, le président de Metz-Métropole, rétorque «  que cette prime n’a jamais été versée. Elle est inapplicable ici. J’ai simplement suivi la ligne tracée par mon prédécesseur. »

Les agents de catégorie A et B perçoivent en compensation deux primes. Pas les plus petits salaires. «  Nous sommes oubliés », regrette Djemel Benkerroum, leader CFDT.

Cette indemnité versée aux 380 agents concernés représenterait un coût d’environ 18 000 € par mois pour les finances de Metz-Métropole.

Les grévistes vont-ils tenir encore longtemps ?

Le moral des manifestants semble au beau fixe. Ils se sont organisés en 3x8 pour bloquer le centre technique du pôle déchets. Depuis mercredi soir, plus aucun camion-benne ne peut sortir de l’entrepôt.

«  On doit faire grève pour quelque chose qui nous est dû. On ne lâchera pa s » semble être le mot d’ordre général.

Une délégation a été reçue, hier, par le député-maire de Woippy, François Grosdidier, pour aborder le problème.

Un autre groupe a distribué des tracts devant le Centre Pompidou-Metz.

Les gens se sont montrés réceptifs. Surpris, aussi, par la faiblesse des salaires de cette catégorie de fonctionnaires. «  J e n’imaginais pas que les éboueurs gagnaient si peu », a avoué une visiteuse.

«  Le mouvement est maintenu jusqu’à nouvel ordre », prévient le représentant syndical. « On n’avait, de toute façon, rien de prévu ce week-end. »

Que va faire Jean-Luc Bohl ?

Le président de Metz-Métropole est très mécontent de la tournure des événements. «  A la sortie de notre entretien, mercredi matin, je n’imaginais pas qu’ils durciraient le mouvement », dit-il. «  J’ai proposé des choses concrètes et je n’admets pas qu’on essaie ainsi de me forcer la main. Cette année, j’ai quand même versé une prime de 200 € à chaque agent pour la rentrée. »

Le patron promet de faciliter l’évolution de carrière et de faire évoluer la grille des indemnités, mais «  cela demande du temps. Bloquer le ramassage des ordures n’est pas la bonne solution. Ils prennent la population en otage. »

Est-ce son dernier mot ? «  Oui, il n’y a désormais qu’une solution : qu’ils arrêtent leur grève afin que l’on reprenne les discussions. Dans le cas contraire, on envisage de lancer des actions judiciaires » A Montigny-lès-Metz, le maire, Jean-Luc Bohl, a pris une décision radicale : les poubelles ont été ramassées par des agents de la Ville. Au grand dam des grévistes.

Les conséquences du mouvement ?

Le bras de fer est lancé entre les grévistes et la direction la communauté d’agglomération. L’enlisement du mouvement pourrait rapidement profiter aux premiers cités qui n’ignorent pas que le quartier Outre-Seille, à Metz, doit accueillir sa traditionnelle brocante dimanche. Le même jour, Montigny-lès-Metz organise sa grande braderie annuelle.

Un jour de collecte représente environ 500 tonnes d’ordures ménagères ramassées. Les poubelles et les exposants font rarement bon ménage…

 

Kevin GRETHEN (Républicain Lorrain le 10.09.2010)

 

 

 

Un rippeur témoigne de son quotidien (RL du 10.09.2010)

Photo RL

« Qu’on nous respecte davantage »

C’est presque un cri du cœur. Rippeur depuis bientôt neuf ans, Olivier Brand raconte son quotidien, livre ses craintes, conscient d’être un maillon utile à la société de consommation.

 

Olivier Brand n’a que 27 ans, mais déjà presque neuf ans de collecte d’ordures ménagères derrière lui. Rippeur, c’est un peu une histoire de famille – son père occupait la même fonction –, mais aussi un choix de vie assumé, loin des on-dit et des clichés.

L’homme au visage poupin avait pourtant envisagé un apprentissage en menuiserie, mais l’appel du grand air a été plus fort.

L’adjoint technique avoue aimer courir. Ça tombe bien, son quotidien professionnel lui en donne l’occasion.

Levé à 5h

Le plus dur pour Olivier aura été d’apprendre à se lever tôt. «  J’ai eu un peu de mal au début, mais là, ça va… » Le réveil sonne chaque matin à 5h. Soixante minutes plus tard, les choses sérieuses commencent. En moyenne, les rippeurs et leurs chauffeurs parcourent 50 à 70 kilomètres par jour, mais les grosses tournées vont au-delà des 100.

Dans les villages, les habitants échangent parfois quelques mots avec ceux qu’on appelle communément les éboueurs.

En ville, les klaxons désapprobateurs prennent le pas sur les paroles, quand le camion-benne obstrue le passage.

Si Olivier Brand aime ce métier, c’est sans doute pour le sentiment d’utilité, légitime, qu’il lui procure. «  Nous participons, à notre façon, au nettoyage de la planète », plaide-t-il.

Les rythmes décalés de la profession lui conviennent parfaitement, car ils lui permettent de se reposer ou de vaquer à ses occupations pendant ses après-midi libres.

Sur le terrain, Olivier Brand a vite constaté les dangers qui guettent cette profession mettant la concentration et le corps à rude épreuve. «  C’est sûr que, dans ce métier, il ne faut pas avoir peur de porter ! », reconnaît-il. Ni de se faire renverser par une voiture ou un scooter, ou de se blesser en soulevant une poubelle qui réserve son lot de mauvaises surprises. Des seringues usagées, des morceaux de verre… sont quelques cadeaux livrés par les particuliers.

«  Les gens jettent parfois tout et n’importe quoi dans leurs sacs-poubelle », déplore le rippeur. «  Un jour, je suis tombé sur un couteau de boucher. Et il y en avait d’autres dans le sac ! », renchérit-il. Le bitume n’est lui aussi pas toujours tendre avec les articulations. «  En sautant un jour de l’arrière du camion, je me suis fait une belle entorse… »

Un métier exigeant

La grève qui a débuté mercredi est aussi l’occasion de sensibiliser le public à la réalité de leur quotidien. Le respect, selon lui, passe aussi par une augmentation de salaire. Le sien est actuellement de 1 130 € net par mois, En fin de carrière, il devrait gagner à peine 1 500 €. «  C’est un métier exigeant physiquement, rappelle-t-il, et qui se pratique quelle que soit la météo ».

S’il continue dans cette voie, c’est «  pour la bonne ambiance entre les collègues », dit-il, mais aussi, en restant plus terre à terre, «  parce que ça reste mon gagne-pain ». Sans oublier la sécurité de l’emploi, liée à son statut de fonctionnaire territorial. Malgré cela, s’il doit devenir papa un jour, il conseillera à ses enfants d’emprunter un autre parcours professionnel. «  Je leur expliquerai qu’ils doivent travailler à l’école pour ne pas galérer comme leur père… »

O. P.

 

 

 

 

 

 

 

Jeudi 9 septembre 2010

 

Les ordures ménagères n’ont pas été ramassées cette nuit et ne le seront pas aujourd’hui. Les agents de Metz-Métropole sont en grève et réclament le versement d’indemnités.

 

Cela avait plutôt démarré tranquillement. Rendez-vous à 8h devant les portes de la mairie de Montigny-lès-Metz, décoration des lieux avec des banderoles et des drapeaux aux couleurs syndicales, installation d’un barbecue géant. A première vue, une manifestation de rentrée bon enfant.

C’était oublier la détermination de ces fonctionnaires de la communauté d’agglomération de Metz-Métropole, rassemblés, hier, sous les fenêtres de Jean-Luc Bohl, maire de la commune et président de l’institution communautaire, pour réclamer ce qu’ils estiment être «  leur dû ». Une indemnité de 70 € brut, votée en 2004 et versée chaque mois «  aux fonctionnaires de catégorie A et B de l’administration. Mais nous, catégorie C, on ne touche rien. Cela génère une inégalité sociale », explique amèrement Djemel Benkerroum, responsable CFDT, au milieu d’une centaine de grévistes, qui ont décidé de bloquer, dans l’après-midi, le pôle déchets de Metz-Métropole. Une décision synonyme d’ordures entassées dans les rues des 40 communes de l’agglomération.

Ce n’est pas nouveau de voir les «  petits salaires », comme ils nomment, se rebiffer. En 2005 et en 2008, ils avaient déjà tenté de mettre la pression sur les gouvernants pour faire appliquer les textes. «  Cette prime a été votée le 26 avril 2004, mais ce régime n’est pas appliqué depuis. Une jurisprudence du Conseil d’État nous donne raison, mais on n’avance pas. Après avoir échoué à l’époque avec l’équipe de Jean-Marie Rausch, on pensait que cela irait mieux avec le nouveau président de la communauté d’agglomération. Pour le moment, les discussions avec Jean-Luc Bohl sont autant d’échecs. »

Derrière cette crispation, se cache une réalité financière. Des agents de sécurité, des rippeurs, les personnels des Musées de Metz-Métropole ou du Conservatoire à rayonnement régional travaillent pour 1 059 € par mois. «  Moi, je travaille de nuit pour 1 115 €. C’est dur d’être motivé dans ces conditions. Cette indemnité de 70 € ferait du bien, indique un gardien. On a l’impression que l’argent va toujours aux mêmes. »

Préavis de grève jusqu’à lundi

Les mécontents ont attendu la rentrée pour frapper à nouveau du poing sur la table. Les éboueurs se trouvent, comme souvent, en première ligne. «  On se bat pour les 380 fonctionnaires qui ne touchent pas cet argent. Cela peut paraître peu, mais pour des gens comme nous, c’est énorme », soupire Djemel Benkerroum.

Jean-Luc Bohl a reçu une délégation de grévistes dans la matinée. Si «  le versement de la prime ne peut pas bénéficier à l’ensemble des agents », selon un communiqué, le président de l’agglo – «  très attentif aux conditions de travail de ses agents » – estime avoir fait des propositions intéressantes afin «  de réviser le régime indemnitaire dans un esprit égalitaire. »

Manifestement, les deux parties ne sont pas sur la même longueur d’ondes.

En réponse, les manifestants ont donc décidé de muscler leur discours et leurs actes. Le centre technique communautaire, installé sur la zone de l’Actipôle, à Borny, a été bloqué à 16h. Les sacs-poubelle n’ont pas été ramassés cette nuit. Ils ne le seront toujours pas aujourd’hui. Le risque de pourrissement est réel. «  Le préavis de grève court jusqu’à lundi, prévient le syndicaliste CFDT, comme un avertissement. Et nous sommes prêts à aller beaucoup plus loin. »

 

Kevin GRETHEN (Républicain Lorrain 09.09.2010)



09/09/2010
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