La Mirabelle Rouge

Mobilisation policière au service d'Areva

Dans le sillage du « train d’enfer »

photo et article RL

 

Le train de déchets nucléaires « le plus radioactif de l'histoire », selon les écologistes, a traversé la Lorraine hier matin. Des militants anti-nucléaires ont manifesté sur son trajet, à Peltre et à Réding.

En dépit du froid, Patrick est en bras de chemise, hier matin, aux abords du passage à niveau de Peltre, à 7 km au sud-est de Metz. Jade, sa fille, de 6 ans, est à ses côtés, chaudement emmitouflée dans un manteau. « Je suis venu montrer à ma gamine dans quelle société nous vivons. On met en circulation des trains d’une dangerosité folle et on déploie une armada de policiers pour une poignée de militants », martèle le père.

De fait, les forces de l’ordre étaient largement majoritaires à ce point stratégique du passage en Lorraine du train de déchets nucléaires, suivi à la trace par les militants anti-nucléaires allemands, à la pointe du combat, et français. Le convoi, composé de 11 wagons contenant 123 tonnes de déchets vitrifiés, est parti la veille du terminal ferroviaire Areva de Valognes, dans la Manche, pour gagner Gorleden, en Allemagne, soit 1 500 km parcourus à une vitesse ne pouvant dépasser les 55 km/h. Le réseau « Sortir du nucléaire » a battu le rappel et qualifié ce convoi « de plus radioactif de l’histoire ».

Le « train d’enfer », après avoir été bloqué à Caen et détourné par Reims, alors que le parcours initial l’annonçait plus au nord, est entré en Lorraine par la Meuse hier, peu avant 7 h. Les voies de la gare de Metz étant peu accessibles, la traversée de Peltre est traditionnellement le lieu sensible pour ce type de manifestation. Un gendarme de la brigade de Metz, arrivé sur les lieux bien avant la levée du jour, se souvient du passage d’un train de déchets nucléaires trois ans plus tôt. « Les militants ont fait diversion, pendant que deux d’entre eux étaient planqués dans un buisson pour tenter de se mettre en travers des voies ». Ce scénario ne s’est pas reproduit hier.

Policiers débarqués

A 9 h 15, le train est annoncé. Julien a déposé un compteur Geiger de poche à proximité des rails. L’appareil affiche 0,24 Sievert. Au passage du convoi, le chiffre passe à 0,71 Sv. « On est au-delà du seuil de dangerosité qui est à 0,30 », s’exclame le jeune militant.

Une heure plus tard, le train de déchets nucléaires aborde la gare de Réding, dans le Pays de Sarrebourg. Une quarantaine de militants encadrés par une centaine de gendarmes et de CRS ont organisé un comité d’accueil, mis en scène autour d’un cercueil surmonté d’une couronne mortuaire. « Eh oui, le nucléaire tue », lance un militant de Cacendr (Collectif d’action contre l’enfouissement des déchets radioactifs). A 10 h 25, le convoi de onze conteneurs Castor (CAsk for Storage and Transport Of Radioactive materiall) pointe son nez, glisse lentement sous le pont et poursuit sa route vers l’Alsace.

Le convoi s’est immobilisé à 11 h 40 à la gare de triage de Strasbourg-Hausbergen, où d’importantes forces de police ont été déployées. Les deux motrices ont été décrochées et remplacées par deux autres. Dans le même temps, les policiers français embarqués dans deux wagons placés en début de convoi ont été remplacés par une cinquantaine de leurs homologues allemands. Le « train d’enfer » a ensuite quitté le territoire français à 13 h 53, en franchissant le pont de Kehl, vers une Allemagne plus hostile encore.

P. R.

Publié le 07/11/2010 ( Républicain Lorrain)



07/11/2010
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