La Mirabelle Rouge

Nouvelles menaces pour l'emploi dans la sidérurgie......

 

 Samedi 01.10.2011

 

Hayange, un berceau qui tangue

Hayange, berceau du fer et épicentre de la vallée sidérurgique de la Fensch, accueille aujourd’hui la manifestation « vallée morte » où il sera essentiellement question de vie et de survie.

 

Patricia Bardaz a passé une grande partie de sa vie dans la boutique de prêt-à-porter féminin, qu’elle gère aujourd’hui rue Foch, la grande rue commerçante de Hayange.

LE FAIT DU JOUR

Elle y a fait son apprentissage quand le magasin vendait encore des chapeaux. Elle a repris la suite. La chapelière s’est ensuite reconvertie dans le prêt-à-porter pour dames. « Hayange, c’était un petit Paris, les rues étaient noires de monde, les gens venaient de partout, le samedi les trottoirs étaient saturés », Patricia se souvient des boutiques de luxe, dont « Betty Couture, qui s’étendait sur neuf étages », du Petit Lit Blanc, magasin de meubles et de jouets pour enfants, dont les vitrines étaient une invitation au rêve hors de portée… « J’ai cette ville dans les tripes », souffle-t-elle.

« On ne peut en parler sans frissonner », confirme Danielle Reiter, également commerçante au cœur de Hayange. Le « berceau du fer » s’est développé sous le regard bienveillant de la Vierge qui surplombe la vallée, et à l’ombre protectrice et nourricière de l’usine, intégrée depuis 300 ans à la ligne d’horizon. « Je suis arrivée quand la ville était belle ». Danielle marque un temps et rectifie : « Elle est encore belle, peut-être plus qu’avant, mais désormais, elle est vide ». La fermeture annoncée, comme temporaire, des deux hauts fourneaux du Patural, le troisième définitivement condamné est en cours de démontage, ravive l’angoisse du vide.

L’attraction du Luxembourg

« C’est ici, à Hayange, que tout a commencé », confirme Antoine Odoardi, directeur général adjoint des services d’une ville qu’il connaît sur le bout des doigts. Il a pris part à la réunion de crise, en milieu de semaine, à la mairie, construite dans le plus pur des styles des années 50 et dotée d’un vrai potentiel de classement aux Monuments historiques. « Certains y voient un bel immeuble art déco, d’autres un austère bâtiment d’inspiration stalinienne », sourit un employé municipal.

L’arrêt du P3 et du P6 a eu pour vertu de reformer le triptyque « politiques, commerçants et sidérurgistes », qui a décidé une action « vallée morte » aujourd’hui. 40 000 tracts ont été imprimés avec la volonté de toucher le plus possible les 29 000 foyers que compte la vallée de la Fensch entre Uckange, Fameck, Serémange, Florange, Nilvange, Knutange, Algrange et Fontoy… Hayange reste l’épicentre de cette vallée qui a vécu du fer. En a souffert aussi. « Au temps de la splendeur, la ville comptait 22 000 habitants, elle en compte 15 550 aujourd’hui », précise Antoine Odoardi. Hayange était une ville bien plus jeune que la moyenne nationale. Moyenne qu’elle dépasse aujourd’hui d’une bonne tête. La sidérurgie reste le cœur de métier de la ville, même si aujourd’hui, 50 % des habitants de moins de 40 ans « travaillent au Luxembourg avec une frontière à seize kilomètres. » Dans les nouveaux lotissements qui se construisent, la proportion est de près de 90 %, estime le directeur adjoint des services.

Hayange a perdu son lustre passé. C’est indéniable. Des rues autrefois commerçantes sont désertes et grises. Mais pas question de succomber à la sinistrose. Ici, on ne se lamente pas. On se bat.

RL le 01.10.2011

 

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Georges Muschiati , sidérurgiste entre 1968 et 2006, syndicaliste et adjoint au maire de Hayange, évoque les luttes passées et celles qui s’annoncent.

 

Vous avez été sidérurgiste pendant près de 40 ans, votre fils l’est aujourd’hui. Est-il touché par les mesures de chômage technique ?

 

Georges MUSCHIATI : « Oui, pendant quinze jours. Nous en avons parlé ensemble, il avait les larmes aux yeux. Il m’a dit : " t’as vu papa, avec tous les combats que tu as mené, on en est au même point aujourd’hui " ».

 

Faites-vous un parallèle avec la période que vous avez connue ?

 

« Quand je suis entré dans la sidérurgie en 1968, nous étions 10 540. Ils sont 3 000 aujourd’hui. Dans les années 80, à la faveur de la fermeture des mines, les grands patrons ont brandi l’option zéro, c’est-à-dire la fin de la sidérurgie dans la vallée. Aujourd’hui, il ne faut pas prendre les menaces à la légère, car le problème reste le même. Ici, tout tourne encore autour de la sidérurgie. Si on ne fait plus de fonte, alors on est foutu ».

 

Vous êtes adjoint au maire de Hayange. On dit les politiques impuissants face à ces grandes décisions économiques. Etes-vous d’accord avec cela ?

 

« Si le politique s’appuie sur le terrain, sur les gens qui travaillent, qui créent, qui font la culture, la solidarité, alors une marge de manœuvre est possible. Par contre, s’il s’appuie sur le capital, alors effectivement, il n’a plus de prises. »

 

Politiquement, qu’est-ce qui a changé finalement ?

 

« Avant, les communes étaient seules. Aujourd’hui, nous sommes 70 000 habitants dans la vallée. On n’est pas de trop pour défendre 3 000 emplois directs et au moins 6 000 induits ».

 

RL le 01.10.2011

 

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24.09.2011

 

La salve a été sévère, il y a quinze jours. Comme une gifle soudaine en pleine figure au moment où l’on ne s’y attend pas. Mais voilà : passé le temps de l’abattement, les sidérurgistes de la vallée de la Fensch semblent afficher un regain de combativité à la hauteur des restrictions que va leur imposer ArcelorMittal jusqu’à la fin de l’année. Soit, la mise en sommeil de l’ensemble de la filière liquide, depuis l’agglomération de Rombas à l’aciérie de Serémange, en passant par les hauts fourneaux de Hayange.

Hier en tout cas, ils sont venus nettement plus nombreux – environ quatre cent cinquante – manifester leur « rage » et leurs craintes alors que le chômage partiel attend des centaines d’entre eux à compter du 3 octobre.

 

Les salariés attendent des actes

Du chômage partiel qui, même s’il sera indemnisé, rimera « encore » avec coup de rabot sur les rémunérations. « En 2008, on avait compris. Mais là, ça commence à peser », assurent les plus jeunes des sidérurgistes dont les salaires ne sont pas exorbitants.

Sur le fond, les données du problème n’ont pas évolué depuis l’annonce faite par le groupe. D’un côté, une entreprise qui assure qu’elle n’a pas d’autre choix que de réduire la production dans un contexte chahuté. De l’autre, des salariés redoutant que la parenthèse temporaire ne préfigure le pire des scénarios. Une lueur d’espoir est arrivée toutefois mercredi soir, quand le préfet de Région a assuré aux représentants syndicaux que la demande de chômage partiel devra être assortie d’engagements détaillés et chiffrés sur le programme de maintenance des outils industriels de l’entreprise.

Sur la forme, la manifestation d’hier a pris des airs de répétition générale d’une lutte « qui ne fait que commencer » comme n’a cessé de le marteler un Édouard Martin (CFDT) survolté comme jamais. Dans le cortège, les élus socialistes de la Vallée étaient spontanément en bonne place. D’autres se sont ajoutés, écharpe en bandoulière, comme la députée UMP de la circonscription voisine, Anne Grommerch. Une présence qui n’a pas empêché les représentants syndicaux d’écorner la politique de Nicolas Sarkozy. Et de renvoyer le président de la République à ses promesses. Quoique, « les promesses, la Lorraine en a eu des wagons. Ce qu’il nous faut aujourd’hui, ce sont des actes », a ajouté le conseiller général et maire de Florange, Philippe Tarillon.

Avant de replier drapeaux et porte-voix, les syndicats ont invité les manifestants à venir partager une soupe populaire. Un « clin d’œil diabolique », comme pour exorciser un hypothétique mauvais sort.

C. F. (RL le 24.09.2011)
 
 
ArcelorMittal : menaces sur Schifflange et Rodange

 

 

 

Les syndicats de la sidérurgie luxembourgeoise sont aujourd’hui dans une situation comparable à celle d’un gardien de but chargé d’arrêter un coup-franc particulièrement vicieux : survolant le « mur » érigé par les défenseurs, la balle semble tout d’abord filer loin du cadre… avant de changer de trajectoire et de prendre la direction de la lucarne ! C’est une image que Lakshmi Mittal peut savourer à sa juste valeur : le grand patron vient après tout de s’offrir le club de foot londonien de Queen’s Park Rangers. Les syndicats l’apprécieront par contre beaucoup moins : à moins d’un exploit, toute leur stratégie défensive de ces derniers mois risque d’être réduite à néant.

Dans la vraie vie, bien sûr, les choses prennent une autre tournure. Le point de départ de l’action se situe en février dernier. Lors de la publication des résultats 2010 du groupe ArcelorMittal, les sites luxembourgeois de Schifflange et Rodange sont pointés du doigt. Il est question de pertes cumulées de plus de 40M€ sur l’année, d’un problème de rentabilité dans un contexte de morosité économique, de concurrence exacerbée et, au final, de la nécessité impérieuse de réduire la voilure : 262 emplois sont directement menacés…

Dans la foulée, les syndicats ébauchent leur ligne défensive. Au Grand-Duché, elle s’appelle Tripartite sidérurgie. Une spécificité locale datant de la fin des années 70 : aucune décision majeure ne peut être prise sans un accord négocié entre le patronat et les syndicats, mais aussi l’Etat, représenté par les ministres compétents à la table de négociation. Au plus fort de la crise de la sidérurgie européenne, cette Tripartite – part intégrante du « modèle luxembourgeois », basé sur le consensus – avait permis d’arrondir les angles et de faire passer la pilule sans trop de hauts-le-cœur.

Dans le cas de Schifflange et Rodange, la Tripartite a joué pleinement son rôle, une fois encore. En juin, un plan de sauvetage a été validé : 132 ouvriers des deux sites ont été réaffectés aux sites de Belval, Differdange ou Dommeldange, 130 autres ont été dirigés vers une cellule de reclassement. De son côté, la direction s’est engagée à investir près de 8M€ à Schifflange et Rodange pour rendre les deux sites plus compétitifs…

Rien n’est encore perdu

Et maintenant, ça ! Hier, les représentants de l’OGB-L (majoritaire) et du LCGB-SESM ont été convoqués à une « réunion informelle », au cours de laquelle il a été question de « dégradation de la conjoncture », de « surcapacités sur le marché », et surtout d’un « plan de sauvetage ne fonctionnant pas à la satisfaction du groupe ArcelorMittal ». Avec des mesures radicales à la clé : arrêt de l’aciérie et ralentissement considérable du train à fil de Schifflange « pour une durée indéterminée », fonctionnement des trains A et C de Rodange « à marche réduite ». Selon l’OGB-L, 400 salariés supplémentaires viendront de ce fait grossir les rangs de la cellule de reclassement.

Pire : les syndicats craignent aujourd’hui de voir ces mesures préfigurer une fermeture définitive des deux sites. La balle n’est plus seulement dans leur camp : elle s’approche dangereusement de la ligne de but. Ils tentent donc un dernier plongeon : le LCGB rappelle que « le plan de sauvetage n’a pas été réalisé dans toute son envergure » et que « le groupe patronal n’a pas fourni les preuves de résultats justifiant de telles mesures », l’OGB-L appelle lui aussi « les ministres compétents » à convoquer « en urgence » une nouvelle Tripartite.

Rien n’est encore perdu : au Luxembourg, la sidérurgie est une affaire nationale, la pérennisation des sites de production locaux y est un sujet tabou. Les nombreux salariés français employés à Schifflange et Rodange – surtout ceux qui sont venus récemment de Gandrange – en savent quelque chose. C’est le dernier espoir qu’il leur reste. Mais c’est un espoir réel.

Christian KNOEPFFLER (RL du 23.09.2011)



24/09/2011
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