La Mirabelle Rouge

Paroles de cheminots

 
 

SNCF. Témoignages de cheminots ( L'Humanité, 06.04.2010)

 

«  La SNCF fait des marges sur le dos de l’usager et du contribuable  »

Muriel, agent de circulation.

« Je suis entrée à la SNCF en 2002. Je travaille en trois-huit. Je suis agent de circulation. C’est un peu l’équivalent d’un contrôleur aérien pour le rail. Avec mes collègues, nous surveillons la sécurité du trafic et sa fluidité. Depuis des années, nous constatons une dégradation du trafic. Celle-ci est due au mauvais état du réseau et à la baisse des dépenses de maintenance. Mais pas seulement. Si les annulations de trains sont de plus en plus fréquentes, c’est aussi pour des raisons de rentabilité. En cas de retard trop important pour un RER, la SNCF paie des pénalités à la région. Pour éviter de le faire, elle préfère ne pas faire circuler le train. L’usager est pénalisé. Il devra attendre le suivant, parfois une heure durant suivant sa destination. Je trouve cela écœurant. Le RER est un service public financé par le contribuable et encore épargné par la concurrence. Et pourtant la SNCF tente par tous les moyens de réaliser une marge bénéficiaire. »

 

«  Le quotidien des usagers, c’est la galère  »

Philippe, agent de conduite sur la ligne D du RER.

« Je travaille à la SNCF depuis vingt-neuf ans, je gagne 3 000 euros par mois dont un tiers de primes. Je n’ai pas d’horaires fixes. Un jour du matin, le lendemain de l’après-midi ou du soir. Et souvent le week-end. C’est une vie difficile à laquelle je consens parce que je crois au service public. 
Or aujourd’hui, la direction n’en veut plus du service public. Sur la ligne D, il ne se passe pas un jour sans que le trafic soit perturbé. Annulations de trains, retards fréquents, 
le quotidien des 500 000 usagers c’est la galère. 
La direction a lancé « D maintenant », un programme 
de rénovation de certaines gares que l’on repeint, ou dans lesquelles on installe des bancs neufs sur les quais. Mais les usagers ont surtout besoin d’un transport fiable. Plutôt que 
de dépenser sans doute plusieurs dizaines de millions d’euros dans le rachat du transporteur routier Giraud, la direction serait mieux inspirée d’utiliser cet argent pour améliorer la ligne D. »

 

«  On joue avec la sécurité 
des cheminots  »

Fabrice, agent de maintenance à l’Infra Secteur Paris-Sud-Est.

« À la SNCF depuis 1997, je travaille en trois-huit. Je gagne 1 700 euros par mois dont un tiers de primes. Depuis dix ans, les moyens dont nous disposons pour la maintenance des voies sont sans cesse réduits. Les brigades de cheminots ont des territoires de plus en plus grands à couvrir. Les cycles de maintenance sont sans cesse allongés. Résultat  : les pannes se multiplient. Cela contribue fortement à dégrader le trafic. Depuis plusieurs années, la direction fait plus en plus appel à la sous-traitance. Les entreprises qui interviennent connaissent mal le travail et nous devons souvent repasser derrière. Quelle perte d’argent et de temps  ! Sans compter que cela pèse sur la sécurité. Pour parvenir à accomplir leur travail, les cheminots sont tentés de jouer de plus en plus avec les règles de sécurité. Or, on ne joue pas impunément avec les règles de sécurité quand on travaille sur les voies sans que le trafic soit interrompu. »

 

« Les wagons perdus par Fret SNCF sont devenus des camions »

Laurent, agent du fret à Villeneuve-Saint-Georges 
(Val-de-Marne).

« Je gagne 2 100 euros par mois dont un tiers de prime pour un travail en trois-huit. J’ai été embauché en 1997. La direction a dépensé des millions d’euros dans une campagne de publicité pour faire croire qu’elle travaillait à mettre les camions sur des trains. C’est purement scandaleux car elle fait l’inverse. Elle a décidé d’abandonner le wagon isolé. À Villeneuve, la capacité du triage est de 2 000 wagons. Il y a quelques années encore, on en traitait quotidiennement 1 300. Nous sommes tombés à 800. Les wagons perdus sont devenus des camions. Malgré cette baisse de l’activité, la qualité du service se dégrade car nous ne parvenons que très difficilement à effectuer notre tache. Nos moyens sont sans cesse restreints. En six mois, une vingtaine de postes ont été supprimés. La direction emploie des méthodes peu reluisantes. Elle essaie de nous mettre en concurrence avec les collègues du Bourget en disant que l’un des deux triages devra fermer. »

 

« Seul le profit intéresse 
nos dirigeants »

Sébastien, contrôleur.

« Je travaille à la SNCF depuis dix ans. J’interviens autant sur les trains de banlieue que sur les grandes lignes ou les TGV. Le mécontentement des usagers nous le vivons quotidiennement. Récemment, un collègue a été victime d’une agression. Un voyageur excédé par un retard lui a mis un coup de poing dans le visage. Les autres voyageurs ne sont pas intervenus. Certains ont même dit que c’était bien fait pour lui. Je suis révolté. Je ne suis pas entré à la SNCF pour ça. Je crois au service public mais comment continuer à y croire quand seul le profit intéresse nos dirigeants. Un exemple quand un TGV en panne doit être remorqué, une locomotive doit théoriquement intervenir dans les deux heures. Sur chaque ligne, il en y a deux prévus à cet effet. Si aucune n’est disponible, la régulation fait appel à d’autres services. Mais cette aide n’est pas gratuite. Alors s’engagent des négociations sur le prix, qui peuvent durer des heures. »

 

« Dans mon service, quarante postes sont non pourvus »

Frédéric, agent d’escale à la gare de Lyon (Paris).

« Je suis à la SNCF depuis vingt-sept ans. Je travaille 
en deux-huit pour 1 600 euros par mois. Mon travail recouvre plusieurs missions, comme informer les voyageurs 
ou assurer la sécurité au départ d’un train. Gare de Lyon, 
il y a quarante postes non pourvus. C’est très difficile 
dans les heures de pointe de renseigner les usagers. 
On est souvent seul pour faire face à plusieurs demandes en même temps. Parfois, je n’ai même pas l’information. Quand il y a des incidents, les usagers, avec leurs téléphones portables reliés à Internet, savent souvent mieux que nous ce qu’il se passe. Résultat : nous essuyons le mécontentement des voyageurs. Au moment du départ d’un train, nous sommes censés veiller à ce qu’aucune personne ne tente 
de monter en marche ou qu’un usager n’est pas resté coincé dans une porte. Avec de moins en moins d’effectifs, cette mission de sécurité est de moins en moins bien assurée. 
- Un jour, il y aura un drame. »



07/04/2010
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