La Mirabelle Rouge

Quartier Ste Thérèse et pauvreté !

Agir contre la misère et la pauvreté , non contre les pauvres !

 

Lorsque Coluche initia les restos du cœur au début des années 1980, il ne pensait vraisemblablement pas que ceux-ci seraient encore en pleine activité dans la première décennie du XXIe siècle au point de devenir une véritable institution palliative des carences sociales d'une époque. Pour tout le monde, la crise ne devait durer qu'un temps et les poches de misère devaient se résorber avec le retour de la croissance. Mais ce fut au contraire le début d'un processus de liquidation des acquis sociaux et de précarité croissante accompagné d'un désengagement de plus en plus marqué de l'État au nom du dogme de l'économie de marché et du libéralisme. Aujourd'hui, une multitude d'autres associations caritatives s'emploient, sinon à réduire cette précarité, du moins à soulager une misère qui élargit davantage encore les poches de pauvreté de la société. La Fondation Abbé Pierre qui agit depuis longtemps dans ce domaine,  publie chaque année un rapport sur l'état du mal-logement en France. Le dernier en date est accablant : 240 000 personnes vivent dans la rue, dans une caravane, sous une tente ou dans un cabanon d'infortune. Le nombre total de mal-logés est évalué à 3 millions dont au moins    600 000 enfants. Voilà un « état de la France » qui est loin de ressembler à celui véhiculé quotidiennement par l'état du CAC 40  qui, lui, passionne tant les gazettes économiques.

A Metz, 17 % des habitants sont considérés comme pauvres. Ils vivent avec des revenus mensuels égaux ou inférieurs à 757 euros. Pour assurer ses  missions d'assistance, d'entraides et d'accueil, la Fondation Abbé Pierre a ouvert des boutiques de solidarité, car c'est  aujourd'hui plus de 20 000 citadins messins qui ont des difficultés à se nourrir, à se loger ou à se soigner. La Fondation vient également  d'acquérir un espace rue Clovis dans le quartier Sainte-Thérèse pour un accueil de jour permettant la restauration, l'accompagnement social et l'activité culturelle. Cet espace culturel est aussi conçu comme un lieu ouvert pour les habitants du quartier. Cette initiative, soutenue par la municipalité de Metz,  aurait dû être saluée positivement par tous les acteurs de la vie sociale. Car, avec les politiques menées actuellement, tout porte malheureusement à penser que cette situation d'exclusion ne peut que s'aggraver encore. Il y a le chômage mais aussi cette précarité du travail qui est devenue la norme de l'emploi d'aujourd'hui. Chacun sait qu'il existe un engrenage social infernal qui peut plonger n'importe qui dans la galère. L'exclusion ne concerne pas seulement certains marginaux, elle est aussi le lot quotidien d'un nombre croissant de jeunes avec ou sans emploi, de salariés pauvres et de retraités.

 Mais une Association de riverains dirigée par quelques libéraux locaux aux âmes bien nées,  a décidé de rameuter les habitants du quartier contre le projet. Ils dénoncent le potentiel de nuisances des utilisateurs de la structure en multipliant les amalgames et les stigmatisations. Le pauvre est synonyme d'insalubrité, de drogue, de délinquance, de violence. Ils veulent, disent-ils, préserver le caractère résidentiel du quartier et craignent une dévalorisation du patrimoine foncier. A les entendre, ils ne sont pas hostiles à la Fondation Abbé Pierre, bien au contraire, ils sont prêts à aider à trouver une autre solution d'accueil… ailleurs que sur le quartier ! Ils poussent l'hypocrisie à s'opposer à la réalisation du projet d'accueil en utilisant des arguties juridiques concernant le respect du Plan Local d'Urbanisme. Il existe heureusement des habitants du quartier Sainte-Thérèse qui ne sont pas de cet avis et qui soutiennent  le projet. Ils sauront aussi se faire entendre par delà les arguments d'hostilité qui ont trouvé un écho bien complaisant dans la presse locale.

Il est évidemment plus facile de s'en prendre aux pauvres qui nous côtoient que de lutter contre la pauvreté. Cette lutte contre la pauvreté obligerait à s'interroger sur les fondements économiques et sociaux de notre société. Car pour casser l'engrenage de l'exclusion, pour faire reculer la pauvreté, il faudra aussi  imposer une autre logique économique et organiser une autre répartition des richesses.

 

Jean- Luc (02.02.2010)

Cet article est rédigé sous ma seule responsabilité. En aucun cas mes propos ne sauraient engager la Fondation Abbé Pierre. 

 



02/02/2010
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